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Décider

Décider

Par l'Amiral Guy Labouérie, membre de l'Académie de Marine (1). Brest, le 25 juin 2005 (©).

Le vice-amiral d'escadre Guy Labouérie (2S) a quitté la Marine Nationale en 1992 après 39 ans de service actif. Il est membre de l'Académie de Marine. Photo © Françoise Labouérie (Mai 2005).Stratégie: Réflexions et variations de Guy Labouérie. Publié en avril 1993 par l'ADDIM.

Quelle que soit la situation, et à moins de ne se considérer avec les siens que comme des mollusques, sans besoin, sans envie comme sans désir, en un mot sans cerveau sur une planète interdite d’initiative, nous sommes contraints de faire des choix face aux possibilités qui s’offrent à nous ou que nous recherchons en tout domaine, que ce soit à titre personnel ou collectif.

Or il y a quelques années, un professeur d’université prétendait, sans rire, que la décision n’existait pas en tant que telle, les éléments extérieurs et les déterminismes de toute sorte dans lesquels nous vivons entraînant automatiquement le choix à faire. L’Administration lui en fournissait de multiples exemples! Il n’avait probablement jamais eu à prendre une décision intéressant l’avenir et la vie de ses proches comme de ses étudiants. D‘un autre côté, on constate que maints dirigeants politiques annoncent des "décisions" qui, innombrables, non seulement ne sont ni réfléchies ni préparées professionnellement, mais suivies, quand elles le sont, de réalisations approximatives sans que jamais leurs effets éventuels soient contrôlés et encore moins sanctionnés.

C’est le cas d’innombrables lois, dont les décrets et circulaires d’application ne sont pas publiés ou avec un tel retard qu’ils n’ont plus de valeur. En même temps ils ne cessent d’intervenir, en France comme en Europe, sur des sujets qui ne sont pas de leur niveau, qu’ils ne connaissent pas pour la plupart et avec des résultats effectivement peu glorieux, tandis que leurs administrations agissent avec une lenteur sans rapport avec le Temps des citoyens achevant la "non-décision" de fait.

Ces deux façons d’envisager la décision ont tendance à se renforcer mutuellement et manifestent une irresponsabilité grandissante des deux catégories de personnes qui devraient orienter et conduire la vie d’une Nation! Il ne faut peut-être pas s’étonner que les uns comme les autres aient beaucoup perdu de considération chez le citoyen aujourd’hui.

Toute situation actuelle, personnelle comme collective, se manifeste par un foisonnement toujours plus grand de données mêlant de façon non rationnelle des éléments de toute nature. On ne peut se contenter de les simplifier ou les sélectionner suivant des critères a priori, pas plus que d’avoir compris pourquoi et comment elles sont là, délices d‘intellectuels ne conduisant effectivement pas à la moindre décision.

Il faut les “organiser” au sens étymologique du terme - fonctionnement synergique de la matière vivante - et les mettre en mouvement vers des propositions pour l‘avenir. Leurs composants doivent être suivis et analysés en permanence, rôle d’une méthode en tant que “chemin vers le vrai” (2) dans une attention continue suivant la situation et son évolution.

C’est l’Intelligence, au sens étymologique, qui ordonne la multiplicité et la complexité de ces données mais, à la différence du rationalisme et du scientisme qui tendent vers la recherche d’une solution unique générale à cette multiplicité (merci Descartes, merci la dame des 35 heures!), seule une confluence d’efforts et une connivence des esprits permettent de faire converger cette multiplicité, souvent hétérogène sauf dans les cas ultra-simples, vers un Projet déterminé qu‘il faudra manifester en « tranchant » entre les diverses possibilités apparues. C’est le rôle même du Politique, celui du « Patron » et c’est pourquoi, sauf exception, les experts ne peuvent pas être de grands politiques. Or la tentation est grande en certains pays, particulièrement ceux trop imbus d’une prétendue rationalité de l’humain, s’appuyant sur des théories philosophiques et scientifiques dépassées, de faire appel aux experts dans les niveaux politiques élevés.

Le résultat jusqu’ici n’a guère été convaincant depuis une trentaine d’années, particulièrement en France, et terrifiant dans l’ex-Empire rouge,comme il le sera dans l’Empire jaune, parce que c‘est la dimension humaine qui est ou devrait être au centre des enjeux et des décisions et que c‘est celle sur laquelle ces experts sont le moins bien et le moins longtemps formés. La ronde des  droite/gauche dans le gouvernement de la plupart des pays européens le montre à l’évidence.

Étymologiquement décider est un terme de boucherie signifiant trancher dans la chair vive ce qui marque bien que toute décision est à la fois une souffrance par les avenirs possibles que l’on se ferme et qui ne reviendront plus dans les conditions initiales mais aussi une liberté, celle de mettre en œuvre toutes les énergies jusque là concentrées dans les études et la préparation des moyens de toute nature pour les lancer dans l’Action. Le patron est celui capable d’assumer cette souffrance et cette liberté jusqu’à l’obtention de ses objectifs. Aucun diplôme ne donne cette capacité… que seule éduque l’habitude du terrain, le seul qui compte, celui des humains dans la réalité de ce qu’ils vivent en commençant par les échelons les plus modestes.

Or cette souffrance et cette liberté, c’est ce dont nous ne voulons plus dans nos pays: la souffrance parce que nous sommes dans un système de confort, la liberté parce que si nous ne cessons pas de la réclamer nous ne voulons surtout pas assumer les conséquences de nos choix qu’ils soient personnels ou collectifs, signe pourtant du véritable courage comme l‘a marqué De Gaulle en 1989! La fameuse "cohabitation" à la française qui immobilise le pays régulièrement, par incapacité de décider, en est l’exemple le plus frappant.

  • Toute décision a un double effet.

D’une part elle enclenche le mouvement d’ensemble, la projection d’énergie de tous ceux qui oeuvrent à la réussite du Projet, mouvement qui ne s’arrêtera qu’à l’obtention des objectifs recherchés, et d‘autre part elle fait peser sur le (ou les) subordonné(s) un déterminisme supplémentaire par la suppression d’un certain nombre de possibilités qui l’affectent à son (leur) niveau.

Si l’on ne veut pas arriver très rapidement au blocage de toute l’organisation, toute l’entreprise, toute la société, il faut compenser ce déterminisme supplémentaire en donnant au subordonné “un espace de liberté” où il peut et doit “inventer” son action pour le Projet dans les limites et les contraintes qui lui sont spécifiées. C’est la délégation, vivifiant tout l’organisme. C’est par elle qu’on accroît l’efficacité et l‘énergie d‘un dispositif en renforçant l’adhésion et la créativité à tous les échelons. A défaut si on passe son temps à interférer avec les préoccupations et les responsabilités des niveaux subordonnés, cette ingérence les paralysera. Ce fut pendant quelques années, en raison des progrès technologiques, la tentation de certains présidents américains et français dans les interventions de leurs moyens militaires et se solda au mieux par des retards au pire par des échecs!... Dommage qu’ils n’aient pas lu ne serait-ce que les premières pages de Sun Tse!

C’est bien pire dans les dictatures dont l’ingérence est un principe de base à tous les échelons, ce qui les conduit toujours à une faillite plus ou moins rapide par distorsion grandissante avec le Temps réel de l‘action engagée et celui des populations qu‘ils prétendent régenter.

Toute délégation exige de bien connaître ceux à qui l’on délègue, de leur fournir les moyens nécessaires correspondant à cette délégation, de vérifier que ce principe descende tout au long de l’organisation, de savoir, et le leur rappeler, qu’il y a des responsabilités qu’on ne peut pas déléguer, et implique bien évidemment un retour vers le Patron à son niveau de responsabilité et de préoccupations. De plus elle n’a de sens que dans la mesure où le patron fournit toute l’information indispensable à son (ses) subordonné(s) dans l‘action. C’est comme cela que se fait l’adhésion d’un bout à l’autre du dispositif, car sans l’information on est aveugle et impuissant.

On le ressent particulièrement en Europe à l’occasion de l’accord ou du refus du traité constitutionnel quand on choisit le référendum pour décider ce qu‘il en est et que pendant trente ans on s‘est bien gardé de donner une véritable information aux populations sur ce que faisaient l‘Europe et l‘ensemble de ses gouvernants qui donnaient l‘impression de vouloir mettre un "toît" à une maison sans murs pouvant s‘étendre sans limites. Cela coûte cher et a permis toutes les dérives, les fantasmes et les mensonges, sans oublier les ambitions personnelles qui n‘avaient pourtant rien à voir avec la question posée!

A l’encontre de ceux qui ne voient que déterminisme dans la décision, cette mise en mouvement manifeste que l’avenir voulu par le Projet est possible et réalisable mais pas n’importe comment.

  • La décision pour la décision n’a pas plus de signification que la bataille pour la bataille

Dans un réseau d’organismes ou d’unités autonomes transversales elle ne peut plus s’exercer “souverainement d’en haut” comme elle le faisait et le fait encore souvent dans les bureaucraties et les pyramides. Sauf pour une affaire élémentaire la décision n’est pas l’acte unique d’un unique décideur mais, à chaque échelon, un acte continu interactif avec tous les participants et qui ne cesse qu’avec l’obtention du résultat recherché.

Dans notre monde la décision n’existe qu’ “en rapport avec” ce mouvement, rapport dont la Résolution, ou capacité d’affirmer sa volonté tout au long de l’action, est le moteur. Elle est faite d’instantanés successifs fonction de l’évolution de la situation à chacun des échelons et organismes concernés. Indépendamment de tous les à peu près que l’on entend à ce sujet, elle doit s’inscrire en permanence dans un trinôme interactif : Information - Délégation - Communication, dominé par cette Résolution la communication étant entendue dans son sens étymologique : faire une œuvre ensemble.

De ce point de vue, le commandement par veto, outre sa prise en compte des vitesses de plus en plus grandes d’évolution des situations et de leurs complexités, est l’expression la plus intéressante, la plus efficace, celle qui répond le mieux à l’hétérogénéité des éléments en jeu, à la nécessité éventuelle de réaction rapide, aux diverses délégations consenties, en même temps qu’il libère en partie le Patron de l’exécution immédiate pour se concentrer sur le futur, de façon à toujours anticiper sur ce qui peut survenir dans un sens ou dans l‘autre et d‘y faire face avec la totalité de ses moyens.

On ne dispose pas de beaucoup d’exemples frappants sur ce point dans nos pays sur les questions les plus importantes comme l’École, le fisc, la recherche, la Santé, l’Immigration, la Démographie, etc. où la concentration prime tout le reste aux dépends de la liberté, les "élites" comme les administrés et les syndicats comme les administrations n’ayant toujours pas compris la marche du Temps et celle des hommes du XXIème siècle dans les pays développés, particulièrement en France. Il suffit de regarder les raisonnements et les actions de la CGT, généralement datés de plus de 50 ans, pour ne citer que l’exemple le plus emblématique et le plus désolant pour le pays.

  • La Décision lance l’Action tandis que la Résolution la prépare et la conduit, l’ensemble étant fondamentalement lié au Temps.

  • Capacités de résolution et de décision, inséparables, sont une caractéristique de l’homme d’action. Si certains métiers y préparent d’autres fonctions à défaut d’y être vraiment opposées ne cultivent pas ces deux qualités chez ceux qui les exercent, soit par manque de véritable Projet auquel se consacrer soit par confusion entre agitation de l’immédiat et Vision pour l’avenir, soit encore par l’habitude de fausses délégations cachant en réalité des “parapluies” protecteurs pour le mauvais temps et la fuite des responsabilités!

    • Si le Projet est source de la stratégie, il est aussi légitimation et référence de la décision qui lance l’action et la conduit.

    Sans Projet la Décision n’a pas de sens et manifeste seulement le côté irréfléchi de ceux qui la prennent et l’immense difficulté dans laquelle on plonge ceux qui doivent exécuter l’action correspondante à partir du moment où l’on ne possède pas les clés de la rencontre avec l’Autre, simple ou multiple, qui en découle. C’est exact aussi bien en politique intérieure, y compris dans les entreprises, qu’en politique dite extérieure. Or ces rencontres sont de plus en plus nombreuses et hétérogènes d’où l’importance accrue de l’information et des contraintes du Droit et des Médias. De là découlent les tentations de réactions brutales que ce soit chez les personnes, les entreprises et les États dans un sens ou l’autre, particulièrement face aux transgressions de ce qu’ils affirment toujours être l’ “ordre”, familial, social, international ou autre… alors que nous sommes dans le “monde du floudont le (ou les) droit est à inventer et à faire vivre continûment en fonction de ce flou généralisé et de son évolution, tâche d’autant plus difficile que cette évolution avec des points de départ déjà hétérogènes ne se fait ni dans le même sens ni à la même vitesse en tout point de la Planète.

    • Au-delà de cette capacité d’Intelligence de l’Autre qui fait “l’esprit stratégique”, il y a des conditions indispensables à la prise de décision hors desquelles on glisse de plus en plus vite vers l’amateurisme voire l’aventurisme.

    On y retrouve toujours l’importance du Temps et celle de l’Intelligence/information chez le décideur à quelque niveau qu’il se situe ainsi que les données internes sur lesquelles il doit s’interroger et s’appuyer en permanence dans la définition de son Projet comme dans l’exécution des opérations nécessaires à sa réussite. A défaut, on peut faire des moulinets ou des discours mais l’on n’a aucune possibilité de réaliser un Projet porteur d’avenir. Là aussi les exemples ne manquent pas! La décision se situe au centre du chiasme représentant les capacités de la personne, de l’entreprise ou du pays dans les domaines suivants:

    “Intelligence>>>> Innovation>>>>Décision <<<<Anticipation<<<< Mobilité stratégique”

    hors desquelles on décide dans le vide et où l’intelligence est entendue comme capacité d’aller à l’essentiel de l’information/renseignement. Seule la juste appréciation des capacités correspondantes permet l’élaboration d’un Projet porteur d‘avenir.

    Un exemple assez remarquable du refus de les prendre en compte avant une ou des décisions fondamentales pour l’avenir en est la fuite en avant des gouvernements de l’Union Européenne à partir de 1989 pour proposer l’intégration des pays d’Europe de l’Est, sans compter celle de la Turquie, sans prendre le temps de réfléchir et de mettre en place les conditions juridiques et d’organisation préalables. Exemple d’une précipitation ne prenant pas en compte les situations réelles et l’information aussi bien des 15 États de l’Union Européenne que de chacune des nations concernées qui subiront une accélération de leurs changements creusant des inégalités et engendrant de la violence. Même s’ils ont été poussés dans ce sens par la diplomatie américaine faisant entrer ces dernières dans l’OTAN ou si c’était par une “générosité” possible, ce fut une grave erreur de principe dont nous n’avons pas fini de payer les conséquences.

    Un Traité constitutionnel aurait dû précéder tous ces mouvements et non pas tenter de les suivre dans une vision irénique et généreuse mais profondément fausse. Une fois l’intégration acceptée sauf pour le moment dans le cas de la Turquie et deux ou trois retardataires on peut craindre que la solution qui serait donnée à cette "Constitution", si elle survit aux refus actuels, ne soit source de bien plus d’ennuis que de satisfactions. Pour des États qui se veulent de Droit, cet amateurisme politique partagé par tous les responsables est affligeant et coûtera cher aux populations européennes. On retrouverait le même manque de Vision, de Projet, de sens du Temps, et d’Intelligence, sur de multiples affaires d’aujourd’hui des plus simples jusqu’aux plus complexes comme la lutte contre l’économie criminelle et les terrorismes internationaux.

    • Ce qui est le plus difficile est non seulement d’accepter mais de maîtriser le mouvement permanent qui nous emporte contre nos habitudes, certitudes et, suivant les pays, les conforts de situations acquises.

    Cela entraîne une véritable infirmité décisionnelle et organisationnelle car, de plus en plus décalés avec les nécessités temporelles et celles de l’Intelligence, nous avons le plus grand mal à concevoir de véritables Projets et à manifester la “résolution” pour les mettre en oeuvre. Limité dans le monde des affaires tenu à des résultats concrets immédiats, les chefs d’entreprises l’ont dans l’ensemble compris à l’heure actuelle, de même que les militaires chargés d’exécuter au mieux les ordres des Politiques. C’est chez ces derniers par contre que cette infirmité se manifeste avec le plus de dommages par incapacité d’avoir une Vision globale de la situation de leur pays et son avenir qui ne soit pas uniquement matériel comme de fournir l’information et les explications indispensables pour avoir l’adhésion de leurs électeurs.

    De ce point de vue Marx a gagné : nos dirigeants toutes tendances confondues ne sont capables que de parler économie et bien incapables de définir ce qu‘est un être humain! Si par ailleurs les situations imposent parfois d’agir rapidement voire brutalement, encore convient-il de ne pas imaginer que la réussite viendra toute seule par le fait même d’agir. La rapidité de décision dans l’urgence ne fonctionne que dans la mesure où les sujets de la décision sont habitués à avoir en permanence explication et information sur ce qui est en jeu dans la vie de tous les jours, ce qui permettra leur adhésion rapide à un moment vital.

    C’est une donnée fondamentale dans la vie des navires dont on pourrait largement s’inspirer! Pour faire face à la situation d’aujourd’hui, où les données simples d’hier ont explosé dans un feu d’artifice de complexités hétérogènes se propageant actuellement à partir de ce qu’on appelle l’Occident, avec des retours de nature parfois totalement inattendue, il faut les hommes capables de prendre en compte en premier lieu le gouvernement d’un pays pour pouvoir agir librement sur l’avenir ou du moins avec la plus grande autonomie étant entendu qu’entrent également en jeu la liberté des autres pays ainsi que les délégations consenties sous formes d’alliances, de fédérations de formes diverses, ou de participation à des organismes internationaux avec accord sur le Droit et les règles qui les régissent. C’est la question prioritaire de l’Union Européenne.

    • C’est pour ce monde-là que l’Océan, dont nous sommes tous riverains et tributaires aujourd’hui comme plus encore pour demain, propose un ensemble de réflexions voire un langage et surtout une attitude d’esprit permettant de trouver des solutions positives pour tous.

    Si l’humanité désormais enfermée dans ses contradictions, ses erreurs, ses différences de toute espèce, sur une Planète fermée, n’est pas capable de prendre en mains son avenir à partir du seul terrain qui lui est commun, l‘Océan, qu’elle a érigé au rang de “Patrimoine commun de l’humanité”, alors nous allons au devant de graves difficultés que ni les avances technologiques ni les puissances de l’Argent pas plus que celles des moyens militaires ne permettront de résoudre.

    L’espace public aujourd’hui c’est l’espace de l’humanité, celui de l’homme, personne et société, espace flou, hétérogène, complexe …comme l‘est l‘Océan dans ses propres caractéristiques. L’ère de l’appropriation par la force, substitut à de véritables décisions politiques adaptées à la situation du moment, s’éteint faute de proies à saisir. La “quantité/force” sera de moins en moins suffisante et de moins en moins acceptée internationalement pour résoudre les difficultés qui se posent risquant même de les aggraver en se déplaçant sur les terrains culturels ou spirituels. Ses manifestations seront certes encore longtemps nombreuses et les terrorismes comme les économies criminelles sont là pour le rappeler, mais laissons Clausewitz s’éloigner dans le lointain de l’Histoire passée et inventons les hommes, les organisations, les Forces, le Droit (n’hésitons pas sur ce point à nous inspirer toutes proportions gardées du droit archipélagique maritime international…) et les situations qui permettront de régler au mieux des intérêts de tous, les dangers, les risques, les menaces mais aussi les immenses chances de la planète-archipel, très exactement comme l‘ont fait de grands esprits, commerçants, stratèges, prenant en compte ces données opposées de l‘Immense et de la Fermeture auxquelles nous sommes pour toujours confrontés.

    Nous ne pourrons le faire que dans la mesure où l’ensemble des pays auront à leur tête les "Aigles" capables de la Réflexion, de la Décision et de la Résolution indispensables. Mais pour cela et avoir toute latitude sur leur aire il faut débarrasser cette dernière de tous les éléments inutiles, coqs, chauve souris et autres perroquets qui pèsent sur l‘avenir. Il y a beaucoup à faire dans notre pays pour aborder enfin le XXIème siècle et nous avons un retard qui s‘amplifie au même rythme que notre dette!

    Pour être bien compris et redonner l’Autorité à l’État « il faut commencer par rétablir les dénominations »  comme le dit Confucius, c’est-à-dire parler français, la même langue pour tous ce qui permet de se parler et de se comprendre, ce qui n‘est pas le cas aujourd'hui où fleurissent langue de bois, langage indien, sabirs et charabias, SMS, etc. le Français étant oublié y compris à l‘École, premier crime contre l‘identité. L’ère des médecines douces, de l’homéopathie, de l’allopathie et des charlatans qui n’ont toujours rien compris à l’effondrement du communisme international est terminée. Il faut désormais passer à la chirurgie avec la même vigueur que l’aigle attaquant ses cibles, en commençant par la tête puisque c’est par elle « que pourrit le poisson » (3) et par tous les fauteurs de mensonges et faux prophètes dans quelque domaine que ce soit. On revient ainsi au point de départ de ces réflexions ( cf. assez 01 quel État? ) et c’est aussi par là que l’on pourrait commencer à réellement convaincre! Nous avons tous les talents nécessaires mais nous sommes encore loin du compte et le resterons tant qu’« égalitarisme et relativisme », qui enlèvent tout courage de décider pour le bien de l’ensemble, seront les bases de nos « gouvernances » personnelles et collectives.

    Et les Français d'espérer...
    On peut toujours rêver...

    Guy Labouérie

    • (1) L'Académie de Marine a été fondée en 1752. Dissoute comme toute ses consoeurs pendant la Révolution, elle n'a été réactivée qu'en 1921. Son siège est à Paris.

    • (2)  Jean Guitton

    • (3) Mao Tse Toung

    • (4) ( cf. assez 01 quel État? )

    Lire également du même auteur, dans la série "les leçons de l'Océan":

    Dans la série "analyse stratégique":


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