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La Russie, la France et l’Europe

La Russie, la France et l’Europe

Cet article a été écrit par Françoise Thom (*) le 20 juin 2004 pour l'excellente revue trimestrielle "Commentaire" fondée par Raymond Aron. Il a été publié dans le n°106 (Volume 27) et diffusé au cours de l'été 2004 , sous le titre "le mirage russe en France et en Europe". Nous le reproduisons ici avec l'aimable autorisation de son auteur et de Commentaire (©) . Paris le 18 septembre 2004.

Les relations entre la France et la Russie sont caractérisées par un paradoxe récurrent. La France fait une grande place à la Russie dans sa politique étrangère et dans ses préoccupations, mais elle ne s’efforce guère de la comprendre et de savoir au juste ce qui s’y passe vraiment. C’est parce que la Russie semble offrir à la France ce qu’elle ne cesse de chercher, l’alliance de revers, contre l’Allemagne traditionnellement, contre les États-Unis depuis le général de Gaulle, que la diplomatie française ne veut pour la Russie qu’une chose, un régime stable capable de tenir un pays dont on craint vaguement les tendances à l’anarchie. Plusieurs fois dans notre histoire, cette obsession de l’alliance de revers a conduit les dirigeants français à fermer les yeux sur les tendances profondes à l’œuvre dans ce partenaire d’ailleurs enclin à la dissimulation, avec des conséquences graves pour notre pays. Au début du siècle dernier les Français ont ignoré les signes avant-coureurs de la révolution, minimisant la portée des événements de 1905, continuant à arroser la Russie de crédits. En 1989 le président Mitterrand a gravement sous-estimé la crise de l’URSS gorbatchévienne, et jusqu’au naufrage total de la RDA, il a vainement poursuivi le mirage de l’alliance de revers, oublieux de la faiblesse interne de l’URSS, espérant jusqu’au dernier moment que Moscou allait bloquer la réunification de l’Allemagne. Cet aveuglement a jeté un froid durable dans la relation franco-allemande et nous a aliéné les pays d’Europe centrale et orientale ainsi que les nouveaux États sortis de l’URSS. Aujourd’hui que la poigne ferme du président Poutine semble sortir la Russie de l’anarchie post-communiste, le mirage de l’alliance de revers se dessine à nouveau, avec la même volonté du côté français d’ignorer les évolutions inquiétantes en Russie.

L’une des forces de la diplomatie russe est qu’elle sait toujours dire à son interlocuteur ce que celui-ci souhaite entendre. Avec les Français elle parlera de multipolarité ; avec les Américains de lutte contre le terrorisme ; avec les Italiens de contrats gaziers ; avec les Allemands de la relation privilégiée germano-russe dans la tradition de Bismarck. Un autre atout de la diplomatie russe est l’art de mettre en concurrence différents pays pour gagner les faveurs de Moscou. Ces procédés sont familiers pour tous ceux qui ont étudié la politique étrangère de l’URSS, remarquablement efficace en dépit de la faiblesse des moyens de l’Union Soviétique. Cependant, si usées que soient ces recettes, elles marchent toujours comme au premier jour, - quand Trotsky en décembre 1917 déclarait à l’ambassadeur de France Noulens : « J'ai voulu vous témoigner la différence que je mets entre la France et les autres Alliés.» Citons en écho cette remarque de Gorbatchev devant le Politburo le 11 juillet 1986, alors qu’il faisait le compte-rendu de sa rencontre avec Mitterrand: « Les Français sont flattés de ce que nous nous tournions vers eux avant les autres. Le président [Mitterrand] veut paraître grand. Nous pouvons exploiter cela… Nous n’y perdrons rien… »

Aujourd’hui, quand la Russie a retrouvé l’unité de direction qui la caractérisait à l’époque soviétique, et quand elle manifeste des ambitions croissantes, ses interlocuteurs occidentaux doivent cesser de prendre à son propos leurs désirs pour des réalités, et s’interroger sur ce que souhaite réellement la Russie, et sur ce qu’elle est en train de devenir.

Le président Poutine ne cesse de déclarer que la Russie est européenne. Encouragés par les déclarations officielles russes et la propagande bien orchestrée de Moscou, nombreux sont les Européens qui jugent que la Russie est bien en train de s’européaniser. Qu’en est-il vraiment ? Et d’abord, se sent-elle européenne ? Un sondage réalisé en 2000 révélait que 55% des Russes considéraient que la tâche historique de la Russie actuelle était de reconstituer un empire successeur de l’empire russe et de l’empire soviétique ; seuls 20% des Russes considéraient que la Russie est un pays européen, tandis que 51% estimaient qu’elle est asiatique autant qu’européenne[1]. Poutine lui-même rappelait devant un public russe : « Nous vivons à l'Est et non à l'Ouest »[2] ; et plus récemment, avec un accent bien soviétique : « Nous n’avons pas besoin d’adulation aveugle de l’Occident. »[3]

Le meilleur critère permettant de jauger l’européanisation est l’évolution politique. Or dans ce domaine la Russie poutinienne est plus éloignée encore de l’Europe que la Russie de Eltsine. Poutine a entrepris une mise au pas du pays méthodique quoique camouflée, passant par l’abolition de toutes les libertés gagnées sous Gorbatchev et Eltsine : la Douma est soumise au Kremlin, les gouverneurs ont été coiffés par des superpréfets nommés par Poutine et les flux financiers qui allaient vers la périphérie ont été redirigés vers le centre. Ceux des oligarques qui prétendaient influer sur la politique ont été matés ; la presse est totalement contrôlée, les manifestations drastiquement réglementées, l’initiative du référendum hérissée d’obstacles bureaucratiques supplémentaires. Il n’est plus question de séparation des pouvoirs, puisque selon le président Poutine, « Le pouvoir de l’Etat et les organes de la Justice sont un mécanisme uni »[4] car « plus l’Etat est fort, plus l’homme est libre »[5]. Les changements institutionnels qui ont eu lieu en 2003, et qui souvent sont passés inaperçus en Occident, laissent présager vers quel type de régime s’oriente la Russie poutinienne. La "loi sur la sécurité" adoptée le 11 mars 2003 est la plus révélatrice. On se souvient qu’en 1992 Eltsine avait morcelé le KGB en administrations autonomes. Ce fut peut-être la seule mesure de décommunisation que Eltsine tenta de mener jusqu’au bout. La 8e et la 16e Direction de l’ancien KGB furent fusionnées et donnèrent naissance à un organisme nouveau subordonné au président, la FAPSI. La 8e Direction était chargée de la protection du secret d’Etat ; la 16e Direction était chargée de l’espionnage et du contre-espionnage électronique, de la surveillance du cyberespace. Le FSB (Sécurité d’Etat), le SVR (renseignement) et le FSO[6] étaient les utilisateurs des ressources de la FAPSI, mais ils ne les contrôlaient pas. Celle-ci ne tarda pas à monnayer son monopole sur le marché de l’information et elle fut impliquée dans une série de scandales. Poutine résolut le problème en partageant la FAPSI entre le SVR, le FSB et le FSO. Et c’est ce dernier qui reçut le droit « d’organiser les systèmes d’information spéciale pour les organismes de l’Etat et d’assurer leur utilisation, leur sécurité, leur développement et leur amélioration ». Autrement dit c’est le FSO, la garde personnelle du président, qui distribuera l’information aux diverses administrations. Poutine se donne ainsi les moyens de décider ce que chaque fonctionnaire est en droit de savoir[7].

Contrairement à ce que l’on croit trop souvent, l’objectif principal des changements institutionnels poutiniens n’est pas la réforme économique (dans ce domaine l’administration Poutine, profitant des prix élevés du pétrole, a fait peu de chose, sinon s’assurer la mainmise sur les secteurs rentables de l’économie, la vente des alcools, l’exportation des armes, et en ce moment l’exportation des hydrocarbures), mais l’instauration de ce que le président Poutine appelle la « verticale du pouvoir », c’est-à-dire une version désidéologisée du "centralisme démocratique" de Lénine. L’oligarchie du Kremlin rêve de combiner l’efficacité économique du capitalisme avec l’efficacité politique du bolchevisme.

On voit qu’en matière de politique intérieure il n’y a aucune convergence entre une Europe qui choisit la subsidiarité et la Russie poutinienne où le pouvoir d’un seul ne cesse de s’accroître, et n’est limité ni par la coutume, ni par les institutions.

  • Qu’en est-il de la politique étrangère ?

Il suffit de jeter un coup d’œil sur les déclarations des dirigeants russes ou sur les écrits de la presse officielle pour se rendre compte que la Russie raisonne toujours en termes de "sphères d’influence" et de domination. Pour elle la notion d’équilibre des puissances n’existe pas davantage à l’extérieur que la séparation des pouvoirs n’existe à l’intérieur. L’objectif prioritaire de Poutine en politique étrangère est de reconstituer dans un premier temps l’ancienne Union Soviétique. Dès novembre 1999 Poutine avait déclaré que les « intérêts stratégiques de la Russie incluaient les régions au Sud de la Russie et la Baltique ». Dans son programme du 26 février 2000, il annonçait déjà que les faibles moyens de la Russie ne l’empêcheraient pas de mettre en oeuvre « une politique d’expansion extérieure dans le sens positif du terme ». Le 17 mai 1999 la Douma a adopté une loi formulant la politique officielle à l’égard des Russes de l’étranger. Aux termes de cette loi, la Russie peut fournir à ses compatriotes de l’étranger les moyens d’établir un gouvernement local [8]. Le 1er décembre 1999, la Douma a adopté en première lecture un projet de loi intitulé "Modalités pour l’adhésion à la Fédération Russe et la création au sein de la Fédération d’une nouvelle formation territoriale". Cette loi réglemente non seulement le redécoupage des “sujets” de la fédération, mais l’inclusion éventuelle dans la fédération d’États étrangers ou de territoires appartenant à des États étrangers (article 4) [9]. La nouvelle doctrine de sécurité russe parle de « protéger les droits des Russes à l’étranger par des moyens politiques, économiques et autres » . Un document récemment publié par le Ministère russe de la Défense intitulé "Tâches urgentes pour le développement des Forces armées de la Fédération russe" prévoit l'adoption d'une capacité de frappe préventive et l'abaissement du seuil nucléaire. Outre les deux types de menaces, extérieure et intérieure, traditionnellement évoqués par la doctrine militaire russe, ce document mentionne un troisième type - la menace transfrontalière : « il s'agit d'une situation, d'un conflit ou d'un processus de nature politique ou politico-militaire dont le développement pourrait changer de manière substantielle la situation géopolitique dans une région prioritaire pour les intérêts russes ou qui pourrait poser une menace directe pour la sécurité de la Fédération russe. [...] Nous considérons les frappes préventives comme une mesure extrême, devant être utilisée lorsque tous les autres moyens d'influence disponibles ont été épuisés - politiques, économiques et internationaux. Bien que si l'on suit strictement la Charte de l'ONU et son article 51, alors les frappes préventives sont une violation de la loi internationale, puisqu'il est écrit très clairement qu'un Etat ne peut faire usage de la force que dans l'éventualité où il a été sujet à une attaque. Mais les réalités du jour sont telles que des membres de la communauté globale utilisent déjà la force militaire comme une mesure préventive[10] On imagine qu’après l’élargissement de l’Union Européenne, les tendances de la politique russe qui s’expriment dans ce document ne pourront qu’entraîner des heurts avec l’UE dont certains membres se sentent directement menacés par la volonté hégémonique de Moscou.

Depuis l’éclatement de l’URSS nous avons vu Moscou utiliser l’arme énergétique pour amener les États de "l’étranger proche" à abdiquer des pans toujours plus importants de leur indépendance. La perspective de l’élargissement de l’UE a accéléré les efforts de la Russie pour mettre la main sur les infrastructures énergétiques des pays candidats. Lukoil et Gazprom sont les plus actifs dans ce domaine. Dans les PECO les compagnies géantes russes acquièrent systématiquement les raffineries, les réseaux de distribution, les oléoducs, les infrastructures portuaires. Dans ce contexte on comprend pourquoi la Russie refuse opiniâtrement de considérer tous les déplacements d’hydrocarbures au sein de l’UE comme un transport interne, et non comme un transit, ce que demande l’UE : ceci la priverait d’un important instrument de pression sur les PECO qui lui sont liés par des accords bilatéraux. C’est là une des raisons pour lesquelles la Russie refuse de ratifier la Charte européenne de l’Énergie.

De même, Moscou se dépêche de faire main basse sur les ressources énergétiques de son ancien empire[11].

En Occident nombreux sont ceux qui estiment que cette reconstitution de l’empire moscovite n’est pas une mauvaise chose, que la poigne poutinienne apportera un peu d’ordre à des États ratés incapables de se gouverner eux-mêmes. Bien plus, la propagande de Moscou leur souffle inlassablement qu’il est préférable d’accepter la variante poutinienne de « revanche civilisée », pour reprendre l’expression d’un commentateur russe proche du Kremlin[12], car si celle-ci est bloquée par la communauté internationale, on risque d’assister à une dérive nationale-socialiste du régime russe.

C’est oublier deux choses : très souvent la corruption et l’éclatement des États post-soviétiques sont en grande partie imputables aux manœuvres russes, Moscou s’efforçant de maintenir partout aux pouvoir des chefs discrédités qui ne restent en place que grâce à l’appui russe. La tutelle de Moscou pérennise le sous-développement politique et économique dans ces États qui sont désormais l’Hinterland de l’Union Européenne. Qu’on pense à la Belarus par exemple. Et surtout, cette entreprise de restauration de la puissance russe dans l’ancien empire soviétique n’est que le prélude à l’accomplissement d’un dessein plus vaste, qui apparaît dans une remarque de Poutine à Clinton en novembre 1999: « Vous avez l’Amérique du Nord et celle du Sud, vous avez l’Afrique et l’Asie. Vous pourriez au moins nous laisser l’Europe »[13]. L’ex-président de la Commission des Affaires étrangères de la Douma, Dmitri Rogozine, l’a dit en d’autres termes à Lord Robertson: « Ce n’est pas à l’Otan de s’étendre vers l’Est, c’est à la Russie de s’étendre vers l’Ouest »[14].

Ayant reconstruit son empire et repris le contrôle de ses ressources, la Russie ambitionne d’instaurer des relations avec l’Union européenne non comme un pays européen parmi d’autres, mais comme une puissance régionale capable de dicter sa loi non seulement aux différents États européens, mais à l’ensemble de l’Union européenne qui va devenir de plus en plus dépendante de Moscou pour ses approvisionnements en hydrocarbures. La propagande russe qui se plaît à comparer l’intégration de la CEI de celle de l’UE ne doit pas faire illusion. Alors que l’intégration européenne est précédée par des accords économiques et une extension des normes juridiques européennes aux pays candidats, l’intégration à la russe résulte des décisions politiques imposées par Moscou à des régimes affaiblis et du renforcement des structures mafieuses corrompues qui cimentent l’espace ex-communiste. Ces deux processus – élargissement de l’Union Européenne et tentative de reconquête par la Russie de sa périphérie – ne peuvent manquer d’entrer en collision tôt ou tard.

  • Les étapes de la politique européenne de Poutine

La politique européenne de Poutine a connu les mêmes phases que la politique européenne de Gorbatchev. Dans un premier temps la priorité était d’attiser les querelles transatlantiques et de semer la zizanie dans l’OTAN[15]. Comme l’écrivait dans ses Carnets le 5 mai 1985 Tcherniaev, l’un des conseillers de Gorbatchev en politique étrangère : « Il faut d'abord obtenir de bons résultats en Europe occidentale avant de nous attaquer à Reagan »[16]. La décision américaine de construire un bouclier antimissile offrait une occasion rêvée comme autrefois l’initiative de défense stratégique du président Reagan. Comme Gorbatchev Poutine commence par s’assurer l’appui de l’Angleterre. Il fallait se concilier Tony Blair, perçu au Kremlin comme le chef de cette gauche européenne qui se montrait plus choquée par les exactions en Tchétchénie que la droite encline à accepter les analogies avec l’Irlande, l’Algérie, l’ETA. Puis vint le tour de l’Allemagne, le seul pays européen qui compte vraiment aux yeux des Russes : « La Russie doit devenir un membre dirigeant de la communauté des nations européennes, avec l’Allemagne avant tout. Tel est le noble but des réformes poutiniennes : apporter à la Russie un niveau de vie européen et faire de la Russie le pays le plus influent d’Europe » [17]. La rencontre de Berlin avec Poutine en juin 2000 fut un « tournant » dans les relations germano-russes. « Les contours de l’Europe du XXIe siècle dépendront pour beaucoup de la coopération germano-russe », déclara Poutine à cette occasion. « Les hommes d’État à Moscou et à Berlin doivent tenir compte de l’histoire et promouvoir les traditions positives des relations germano-russes »[18]. C’est lors de cette rencontre que l’Allemagne décida de se lancer dans le partenariat énergétique avec la Russie. Après le succès de la visite du chancelier Schröder en juin 2000, le président Poutine estima le moment venu de « rappeler à la France où se trouvait le Kremlin »[19]. La Russie renouait avec sa politique traditionnelle de mise en concurrence des pays européens pour se gagner les faveurs de Moscou – politique qui a toujours été payante (le 11 septembre 1973 Brejnev notait dans ses Carnets cités par l’historien russe Volkogonov: « Nous devons songer aux moyens d'approfondir notre collaboration avec la RFA pour faire enrager la France »). En même temps, comme ce fut le cas pour l’URSS gorbatchévienne, ce qui avait débuté comme une manœuvre visant à faire pression sur les États-Unis devient une fin en soi : la construction de la "maison commune européenne" cesse d’être un thème de propagande et se transforme en objectif de la politique russe.

Le sommet de Nice fit comprendre à la Russie les limites de la politique précédemment menée. En effet Moscou espérait pouvoir peser sur les décisions adoptées lors de ce sommet, comme le laissait entendre une déclaration du ministre des Affaires étrangères I. Ivanov le 30 octobre 2000: « Nous considérons qu’un échange de vues préalable avec nous était indispensable, et que c’est seulement en tenant compte de notre position que les décisions seraient prises à Nice »[20]. L’échec de Nice où la Russie n’obtient qu’une vague promesse de consultations va entraîner un tournant dans la politique de Moscou. Poutine va rechercher une entente avec les États-Unis : Moscou n’oublie jamais que la plus grande avancée russe en Europe eut lieu en 1945, au moment de la Grande Alliance, à la faveur de l’entente Roosevelt-Staline. « Cela peut sembler paradoxal, mais pour se rapprocher de l’Union Européenne il faut d’abord renforcer nos liens non avec l’Union Européenne ni avec les pays qui en font partie. La principale clé est l’amélioration de nos relations avec les États-Unis. C’est en passant par Washington que nous atteindrons Bruxelles beaucoup plus facilement... Après avoir établi de bonnes relations avec Washington il nous est beaucoup plus facile de défendre nos positions lors des sommets UE/Russie et d’exiger des concessions lors de la création de l’espace paneuropéen. »[21] Le rapprochement avec les États-Unis s’ébauche au printemps 2001, donc avant le 11 septembre.

Comme l’avaient prévu les stratèges russes, l’entente russo-américaine ne tarda pas à décupler les effets de la diplomatie russe. Désormais Moscou ne se contente plus de mettre les États européens en concurrence. Poutine flirte tantôt avec Washington, tantôt avec les Européens, il laisse entendre qu’entre les deux le cœur de la Russie balance et que le plus offrant aura ses faveurs. Avec les États-Unis la récolte est maigre. En revanche auprès des Européens le succès est indéniable. La diplomatie française surtout ne peut résister à ce type d’arguments.

Une fois les États-Unis neutralisés, l’utilisation des relations bilatérales change de sens. Dans ses tête-à-tête avec chacun des pays européens comme avec ceux de la CEI la Russie se sent en position de force : c’est ce que constatait Alexeï Arbatov lors d’une conférence de presse tenue le 5 mars 2001 devant la Commission de la Douma à la Défense : « Dans les relations bilatérales la Russie est plus forte que tout autre partenaire. Tous les autres sont plus faibles. En outre la Russie ne trouve pas en face d’elle des fronts unis d’États qui vont à l’encontre des intérêts russes ... ».

Ces trois dernières années on assiste à deux processus parallèles qui semblent aller en sens inverse. Dans ses relations bilatérales avec les grands États européens, la Russie obtient maintenant ce qu’elle veut : autocensure sur la question tchétchène, abandon des exigences en matière de démocratie et de liberté d’expression etc... Les responsables ouest-européens ne tarissent pas d’éloges sur le président Poutine. En revanche avec l’Union Européenne la Russie trouve un interlocuteur beaucoup moins disposé à s’en laisser accroire. La manière dont R. Prodi, président de la Commission européenne, a pris ses distances par rapport à S. Berlusconi et à la politique de soutien inconditionnel à Poutine préconisée par ce dernier est sans précédent en Europe. Ce développement est inattendu pour Moscou : on se souvient qu’à l’époque où Primakov était ministre des Affaires étrangères, la Russie se déclarait favorable à l’adhésion des pays d’Europe centrale et orientale à l’Union Européenne, qu’elle présentait comme un substitut, acceptable pour la Russie, de leur intégration à l’OTAN. En 1999 Poutine, alors premier ministre, définissait ainsi la stratégie russe concernant les relations avec l’UE : « Le développement du partenariat avec l’UE devrait contribuer à consolider le rôle dirigeant de la Russie dans la création d’un nouveau système de relations politiques et économiques entre les États de la CEI »[22]. Récemment encore, alors que se mettait en place le "partenariat énergétique" UE/Russie, la Russie comptait se servir de l’Union Européenne pour amener les PECO et les pays de la CEI à se plier à ses exigences[23]. Mais ce n’est pas tout. Moscou a exigé de surcroît à l’époque que l’UE renonce à participer au projet de construction de l’oléoduc Bakou-Ceyhan qui permettrait d’exporter les hydrocarbures de la Caspienne en contournant la Russie. A l’évidence, le "partenariat énergétique"  avec l’UE était pensé à Moscou comme un instrument important de la restauration de l’hégémonie russe sur les États de la CEI. Le calcul de Moscou était de créer une situation de dépendance énergétique avec certains grands pays d’Europe (l’Allemagne, l’Italie, la France pour le gaz) en tablant sur l’effet d’amplification qu’apporterait l’intégration européenne à chacune de ces impulsions séparées mais convergentes vers Moscou.

Mais la Russie semble avoir surestimé les effets de la dépendance énergétique sur le comportement de l’Union Européenne. Celle-ci s’est montrée une négociatrice coriace, même si elle a finalement cédé à la Russie sur l’essentiel aux yeux de Moscou, le maintien du monopole d’Etat de Gazprom, contre une vague promesse d’abandonner l’opposition russe au protocole de Kyoto. Les sujets de discorde étaient nombreux, que ce soit l'OMC (la Russie ne voulait pas renoncer au double tarif de l'énergie, que la Commission considère comme une distorsion massive de concurrence en faveur des industriels russes), les systèmes de visas, l'extension de l'accord de partenariat UE/Russie aux dix nouveaux membres de l'Union à partir du 1er mai, l’octroi au russe du statut de langue d’Etat en Lettonie et en Estonie exigé par Moscou, le refus de Moscou de ratifier le protocole de Kyoto (septembre 2003), de démanteler le géant Gazprom ou d'achever de retirer ses troupes de Moldavie. A Saint-Pétersbourg, en mai 2003, quatre "espaces" de coopération ont été créés : économie ; liberté, sécurité et justice ; recherche, éducation et culture ; sécurité intérieure. Depuis peu de progrès ont été accomplis.

Mais les tensions les plus vives qui s’annoncent déjà auront lieu à propos des nouveaux membres de l’UE et des pays de la CEI. L’Union Européenne semble aujourd’hui tout aussi réticente que les États-Unis à laisser la Russie reconstituer son empire. En septembre 2003, lorsque les dirigeants de la Russie, de l’Ukraine, du Kazakhstan et de la Belarus ont décidé de créer un "espace économique commun", Guenter Verheugen, le commissaire européen chargé de l’élargissement, s’est rendu à Kiev pour avertir l’Ukraine des conséquences négatives pour ses échanges avec l’UE qu’aurait pour l’Ukraine la création de ce marché eurasiatique. La récente affaire de la fédération moldave est doublement révélatrice. D’abord elle a montré le peu de cas que la Russie faisait de l’Europe. En effet , l’accord Kozak Voronine du 17 novembre 2003 fut conclu derrière le dos de l’OSCE qui venait d’élaborer à grand peine un plan de "fédération" faisant déjà la part belle aux revendications russes, mais prévoyant au moins une garantie de l’OSCE. L’accord surprise que devait signer Poutine et le président moldave Voronine accordait à la république de Transnistrie contrôlée par les militaires russes une surreprésentation considérable au sein du parlement moldave ; la Transnistrie pouvait désormais bloquer toute orientation de la politique étrangère moldave qu’elle jugeait contraire à ses intérêts. Le russe devenait la deuxième langue officielle sur le territoire de toute la Moldavie. En même temps Kozak annonçait que les troupes russes resteraient en Moldavie aussi longtemps que la Russie l’estimait nécessaire. Au grand dépit du Kremlin des pressions européennes sur le président moldave firent capoter la signature de cet accord et le président Poutine dut annuler son voyage en Moldova. Le bras de fer a lieu maintenant à propos de la présence militaire russe en Géorgie : le prétexte russe justifiant le maintien des bases dans cette république du Caucase est désormais la nécessité de protéger les intérêts économiques russes, et notamment les infrastructures de l’électricité et du gaz[24]. La Russie suit également d’un œil soupçonneux les activités de l’UE en Asie Centrale, en particulier l’aide apportée par les Européens au Tadjikistan pour la protection de ses frontières.

Les mesures militaires prises récemment par Moscou attestent la même volonté de se donner les moyens de contrer l’UE dans les régions que la Russie continue à considérer comme appartenant à sa sphère d’influence. Ainsi des unités russes vont être stationnées en Biélorussie où seront déployés des missiles S-300 et des systèmes "Iskander" ayant une portée allant jusqu’à 500 km ; il est également prévu de déployer ceux-ci dans la région de Kaliningrad « de manière à placer sous le "contrôle" militaire russe tout le territoire de la Pologne et des États baltes »[25]. Ces dispositions ne sont évidemment pas inspirées par un souci de sécurité, - le président Poutine lui-même a reconnu qu’il ne considérait pas l’élargissement de l’OTAN comme une menace pour la Russie et on voit mal les Russes craindre une attaque de la Pologne ou de l’Estonie – mais bien par le désir de rester en mesure d’intimider les voisins de la Russie[26].

Devant cette obstruction grandissante de l’Union européenne la tactique russe est simple : faire appel aux États dès que Moscou veut faire aboutir une question qui lui tient à cœur. Ce fut le cas pour le transit vers Kaliningrad où la Russie s’assura l’appui de la France et fit plier l’Union Européenne qui dut abandonner son exigence de visa pour les Russes circulant entre Kaliningrad et la Russie (accord du 11 novembre 2002), laissant la Lithuanie négocier seule la difficile question du transit militaire russe à travers son territoire. La même tactique est employée aujourd’hui pour arracher à l’Union Européenne l’abandon du régime des visas avec la Russie : la France et l’Italie ont déjà déféré aux demandes du Kremlin. Forte de ces précédents l’administration Poutine est en train de se demander comment créer un mécanisme de négociation avec l’UE court-circuitant Bruxelles. Il est souhaitable pour Moscou d’avoir affaire « non à la bureaucratie européenne, mais aux locomotives de l’intégration, surtout l’Allemagne et la France, de même que l’Espagne, l’Italie et l’Angleterre » car « les bureaucrates européens considèrent la Russie comme un problème et n’ont pas peur d’entrer en conflit avec elle »[27]. Cette stratégie est à l’origine de l’invitation à Moscou du chancelier Schröder et du président Chirac début avril dernier. Poutine escomptait d’abord ressusciter la troïka germano-franco-russe en invitant les deux hommes ensemble[28]. Mais le président français et le chancelier Schröder ont préféré se rendre à Moscou en ordre séparé, devinant peut-être l’ambitieux objectif russe. Nous avons vu que pour Moscou l’intégration européenne est aujourd’hui moins souhaitable que jamais. L’expérience de la crise du début de l’année 2003 à propos de l’Irak a montré aux dirigeants du Kremlin que l’axe franco-allemand s’était transformé de locomotive de la construction européenne en obstacle majeur de l’entente entre les Européens. Pour la Russie le meilleur moyen de torpiller la cohésion de l’Union Européenne est d’encourager les ambitions franco-allemandes de "noyau dur" européen. Le but est de créer un "politburo européen" incluant la Russie qui prendrait les décisions importantes et dispenserait la Russie de passer par le mécanisme 25+1 où elle n’a guère de chances d’imposer sa volonté. Une "troïka" Paris-Berlin-Moscou aurait pour effet de casser durablement l’Europe élargie. Ainsi il ne s’agit plus seulement pour la Russie d’extorquer des concessions supplémentaires aux Européens dans la perspective de l’élargissement aux pays d’Europe centrale et orientale, en s’adressant aux dirigeants les plus philorusses de l’Union ; il s’agit de placer une mine à retardement sous l’édification ultérieure de l’Europe.

Cette attitude de certains États européens qui s’imaginent servir leurs intérêts nationaux en jouant la carte russe est néfaste à plusieurs titres. D’abord la Russie ne respecte que ceux qui lui résistent. Les concessions ne font qu’entraîner des exigences croissantes, sur un ton toujours plus comminatoire[29]. N’oublions pas qu’en Russie l’opposition n’existe pas, qu’il n’y a aucun contrepoids au pouvoir du président Poutine. La seule limite à l’autocratie du Kremlin est la résistance de l’extérieur. Rien n’est plus démoralisant pour les libéraux russes rescapés que d’entendre les hommes d’Etat occidentaux glorifier le président russe, donner en exemple au monde la "démocratie russe", comme l’a récemment fait le président Chirac pour une fois en accord avec le président Bush. L’impression donnée est que plus la Russie révèle ses ambitions et pratique les coups de force, plus prompts seront les responsables européens à prévenir ses moindres désirs.

Il faut tirer les leçons de l’affaire Youkos. Elle prouve s’il le fallait encore que les priorités du Kremlin ne sont pas la prospérité du pays, mais la création d’une machine de projection de puissance qui puisse se substituer à la défunte Armée rouge. Cette machine, c’est le réseau des oléoducs et des gazoducs que le gouvernement russe n’entend pas laisser échapper à son contrôle, non pour des raisons économiques, bien sûr, mais parce qu’il représente le socle sur lequel la Russie veut bâtir son hégémonie en Europe[30]. Le 10 octobre 2003 Poutine a annoncé sans ambages au chancelier Schröder que le gouvernement russe n’accepterait pas de diviser Gazprom : « Si les Européens veulent du gaz, ils n’ont qu’à s’adresser à l’Etat russe ». De même l’Etat russe n’abandonnera pas son monopole sur les oléoducs et les gazoducs qui sont « les enfants de l’Union Soviétique. Seuls les Russes peuvent en assurer l’entretien, même lorsqu’ils se trouvent en dehors des frontières russes »[31]. Le grand péché de Youkos est d’avoir voulu construire un oléoduc privé et d’avoir prétendu choisir ses clients. En détruisant les oligarques la Russie poutinienne prouve que le "partenariat énergétique" avec l’Europe n’est pas un projet économique (même si la Russie souhaite que l’UE paie la facture de la réfection de son réseau énergétique délabré), mais l’instrument de projection en Europe d’un pouvoir qui en Russie a déjà tout soumis à sa volonté, au point d’extorquer à ceux qu’il s’apprête à détruire des confessions publiques et des actes d’allégeance au président Poutine. Si elle n’y prend garde l’Europe élargie risque de connaître le sort des pays de l’ « étranger proche », où la moindre velléité d’indépendance est punie par des coupures de l’électricité et du gaz.

NDLR (*) Soviétologue renommée pour avoir participé à de nombreuses conférences internationales, Françoise Thom est agrégée de russe et enseigne à la Sorbonne l'histoire des relations internationales et de la guerre froide. Auteur de très nombreux articles sur la Russie et sur le régime soviétique, elle a également publié plusieurs ouvrages, traduits en anglais, parmi lesquels: "La langue de bois" en 1987 (Julliard), "Le moment Gorbatchev" (Hachette) en 1991, "Les fins du Communisme" en 1994 (Critérion) et "Beria mon père en 1999" (Plon-Critérion).


[1] V. Interfax 26 déc. 2000

[2] The New Republic 29/11/99

[3] Cité in : A. Goltz « Nakanune zamorozkov“ , Ezenedelny zurnal n°097, 30/11/03

[4] Nezavisimaja Gazeta 25/02/00.

[5] ibid.

[6] Le FSO est l’héritier de la 9e Direction du KGB, chargée de la protection des membres du Politburo. Il s’agit aujourd’hui de la garde prétorienne du président. A l’époque soviétique la tâche de la 9e Direction était strictement limitée à la protection des dirigeants. Sous Eltsine cette administration prit une importance considérable et joua un rôle politique, au point que Eltsine fut obligé de limoger son chef A.. Korjakov pour ses ambitions démesurées.

[7] V. pour cette analyse Max Verbitz, « New Russia (in an old trap) », Perspective, mars-avr 2004

[8] RFE/RL,  20/05/99.

[9] Gazeta.Ru,  25 février 2000.

[10] Entretien avec le colonel-général Balouïevsky CheckPoint  12/11/03

[11] Le 11 avril 2003 le président russe Poutine et le président du Turkménistan Niazov ont signé un accord aux termes duquel la Russie se porte acquéreuse pendant 25 ans du gaz turkmène, la Russie payant 44 $ le millier de mètres cube, dont 22 $ seulement en espèces, le reste étant livré en biens d’équipement russes ! Rappelons que Gazprom s’apprête à vendre ce même gaz au marché européen pour 90 à 120 $, cash bien entendu. Un autre exemple typique est l’accord signé en mai 2002 avec le Kazakhstan concernant le gisement de Kurmangazy, qui reconnaît la juridiction kazakhe sur le gisement à condition que celui-ci soit exploité conjointement avec la Russie sur une base paritaire et que le pétrole soit exporté par la voie russe. Cet accord fut complété en juin 2002 par un engagement donné par le président Nazarbaev à Poutine, en vertu duquel 15 millions de tonnes de pétrole  kazakh iraient chaque année en  Russie sur une période de 15 ans, à travers l’oléoduc Atyrau-Samara. Ceci couronne l’accord signé en 2001 par la  Russie, le Kazakhstan, et le consortium de la Caspienne, selon lequel 28 millions de  tonnes de pétrole kazakh par an seraient acheminées vers la Russie à travers l’oléoduc Tengiz-Novorossiisk jusqu’au milieu de la décennie suivante. La Russie s’est donc assuré un quasi-monopole sur l’exportation du pétrole du Kazakhstan.

[12] M. Leontiev déclarait par exemple dans les Izvestia du 10 mars 2004 : « Un régime fascistoïde peut apparaître en Russie si la variante civilisée de revanche que Poutine essaie de réaliser avec la mandat de ses électeurs échoue ».

[13] Cité in: André Fontaine "Pourquoi l'Occident soutient Poutine", Le Monde 20/03/00

[14] smi.ru 20/02/01

[15] Selon Tcherniaev, jusqu’en 1986, « la "stratégie oblique" avait dominé: nous nous efforcions d'influencer l'Europe occidentale, d'attiser les contradictions au sein de l'OTAN, d'"isoler l'impérialisme américain" et de l'opposer à "l'opinion publique pacifique" par des campagnes de propagande, bref nous avions recours à notre politique traditionnelle… » V. A.S. Tcherniaev Six ans avec Gorbatchev Moscou 1993

[16] « Arbatov conseillait de montrer plus souvent aux Américains que nous pouvons nous passer d'eux en faisant appel à  l'Europe occidentale », note-t-il en avril 1985.

[17] strana.ru 02/02/01

[18] Reuters 11 juin 2000

[19] Vremya Novostei  24 juillet 2000

[20] smi.ru 30/10/2000

[21] V. Sokolov « Puti v Evropu » strana.ru 6/11/03

[22] Cité in : Perspective oct-nov. 2003 p. 2

[23]Ainsi la Russie revendiqua que le tracé du futur gazoduc contourne l’Ukraine, ce qui mettait cette dernière  face à une cruelle alternative : soit l’étranglement économique, soit l’abandon de son réseau à Gazprom. La Pologne s’étant refusé à se prêter à une manœuvre condamnant à terme l’indépendance ukrainienne, Moscou n’a pas hésité à demander aux partenaires européens d’exercer une pression sur Varsovie. Comme l’écrivait Strana.ru, le site officiel de l’administration présidentielle russe, « la Russie préfère prendre toutes les décisions à Bruxelles et dans les capitales ouest-européenne, dans la certitude que les partenaires européens  aînés pourront agir sur la Pologne. Il se peut que la position arrogante des négociateurs russes soit payante et que les Polonais cèdent devant les pressions conjointes des Russes et des Européens » (Strana.ru 23/11/2000)

[24] Interview du général Balouievski, Interfax 4/12/03

[25] V. Mukhin „Rossia-NATO“ Nezavisimaja Gazeta 5/04/04

[26] L’insistance russe à maintenir des troupes au cœur de l’Europe, dans la région de Kaliningrad et en Transnistrie, fait penser à une réflexion de Gorbatchev à l’ambassadeur Dobrynine en avril 1985, lorsqu’il lui explique que la tâche prioritaire de l'URSS est d'éliminer les Américains d'Europe. Pour cela il faut cesser de faire peur aux Européens et par conséquent retirer les troupes soviétiques d'Europe centrale : "Les troupes soviétiques ne se trouveront qu'à quelques centaines de kilomètres des frontières, et leur présence invisible continuera à se faire sentir dans les États européens".

[27] Sergueï Markov, Interfax, 24/02/04

[28] V. G. Sysoev „Evropeiski treugolnik“ Kommersant 2/02/04

[29] En témoigne par exemple la récente mésaventure d’ENI. Lors de la  visite du président Poutine en Italie, ENI a obtenu le droit de réexporter le gaz russe dans des pays tiers. Au moment où la discussion des conditions financières du contrat était sur le point de se conclure, les managers d’ENI virent arriver une délégation du SVR qui exigea que les Italiens versent 25% de plus que ce qui venait d’être convenu, pour stabiliser le régime russe actuel, autrement dit, pour financer la campagne électorale du parti poutinien Russie Unie. V. Novaja Gazeta 13 nov 03

[30] Le total des échanges commerciaux entre l'UE et la Russie atteint 78 milliards d'euros en 2002, selon la Commission européenne. L'UE est fortement déficitaire, en raison principalement de ses importations d'énergie.

[31] UPI Hears for Oct 10, 2003

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