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Manifeste du "Livre Blanc de l’armée française en Algérie" (1)

Manifeste du "Livre Blanc de l’armée française en Algérie" (1)

500 officiers généraux ayant servi en Algérie entre 1954 et 1962 ont décidé de publier un manifeste pour défendre le comportement de l'armée française en Algérie. Cette déclaration solennelle constitue en France un fait absolument sans précédent. "Il est regrettable que cette histoire si proche soit méconnue et qu’on continue à salir la mémoire collective et à marquer du sceau de l’infamie ce qui fut une page de courage et d’honneur écrite par nos soldats". Présenté au Cercle national des Armées à Paris le 21 janvier 2001 au cours d'une conférence de presse ce "livre blanc" a été écrit par un collectif de journalistes, et d’officiers ayant tous servi en Algérie (1).

Sur la photo, de gauche à droite: MM. Jean-Yves Alquier, ancien officier SAS (2); le Général Bernard Gillis, président de l'Association de soutien à l'Armée française; Mohand Hamoumou président de l'association "AJIR (Association Justice, Information et Réparation) pour les Harkis" et le Général Maurice Faivre, ancien chef de Harka, historien de la guerre d'Algérie (© Photo European-Security).

"Officiers ayant servi en Algérie de 1954 à 1962, en notre nom et au nom de tous les hommes que nous avons commandés, morts et vivants, nous voulons apporter notre témoignage sur le rôle de l’armée à cette époque. Cela dans le double but de dépassionner les débats et de rétablir la vérité historique, masquée aussi bien par les provocations que par leurs exploitations médiatiques.

Nous tenons d’abord à affirmer que ce qui a caractérisé l’action de l’armée en l’Algérie ce fut d’abord sa lutte contre toutes les formes de torture, d’assassinat, de crimes idéologiquement voulus et méthodiquement organisés. C’est cela la vérité et non le contraire. Le minimum de justice que l’on doit à tous les innocents massacrés, c’est de ne pas confondre l’ordre des victimes et des bourreaux.

En moins de 25 ans, notre génération de soldats a été engagée, au cours des guerres de 39-45 et d’Indochine puis dans le conflit algérien, dans la lutte armée contre les deux plus abominables et meurtrières idéologies que l’homme ait connues : le nazisme et le marxisme.

A travers cet engagement payé du sang ou de la vie de beaucoup des nôtres, notre idéal d’officier a été de défendre la personne humaine, ses libertés, sa totale dignité, son absolue sacralité et cela d’abord chez les plus faibles et les plus démunis : les enfants, les femmes, les populations civiles, innocentes, sans armes et sans défense, cibles toujours désignées de nos adversaires.

Il a fallu l’ouverture des camps d’extermination et des goulags, les génocides du Cambodge et les boat-people, les massacres toujours actuels opérés par les terroristes algériens, ceux des maquis comme ceux au pouvoir, pour que se déchire le voile des propagandes et que se révèle à nos contemporains la malfaisance de ces idéologies.

C’est notre fierté et notre honneur de soldats d’avoir lutté contre elles ; et rien n’est plus opposé à notre engagement que leurs crimes : tortures, viols, égorgements, massacres collectifs, horreurs sans nom et destructions systématiques.

En Algérie, autant que par ses opérations militaires, l’armée a caractérisé d’abord son action par un considérable et original travail de pacification, assuré directement par elle ou garanti par sa présence : enseignement dans les écoles et formation des cadres, soins et préventions des maladies, constructions et travaux publics, exercice des droits civiques et des libertés fondamentales,…

En Algérie, l’armée française s’est trouvée aussi confrontée à une forme de guerre radicalement nouvelle, directement issue de la pratique marxiste-léniniste. Celle-ci consiste en particulier à prendre en otage la population civile et à la mettre en première ligne. Non seulement elle ne distingue plus les combattants des civils, mais elle contraint par la terreur les civils à dissimuler, protéger, assister les combattants et à les faire adhérer à la cause de leurs bourreaux.

Face à cette menace mortelle, les autorités politiques ont confié à l’armée la charge de réduire l’adversaire et de protéger la population par tous les moyens et dans les délais les plus brefs. Sans aucune autre directive, l’armée française a mené son combat avec une totale efficacité dans l’honneur et la dignité. Certains pendant la bataille d’Alger en particulier, ont été confrontés à un dilemme : se salir les mains en interrogeant durement de vrais coupables ou accepter la mort certaine d’innocents. S’il y eut des dérives, elles furent marginales et en contradiction même avec les méthodes voulues et les objectifs poursuivis par la France et son armée ; alors que c’est au nom même de leurs principes de guerre que les terroristes et même les combattants du FLN mutilaient et massacraient par l’attentat et l’assassinat femmes, enfants, population civile tant algérienne qu’européenne.

Les enjeux du débat d’aujourd’hui dépassent largement ceux d’une simple page controversée de notre histoire. La question en effet demeure au-delà des polémiques : face au terrorisme, au chantage, aux mafias de toutes sortes, quelles armes la démocratie veut-elle employer pour défendre ses citoyens ? Quelles solutions pour ne pas laisser grandir sans fin le nombre des victimes ? Qu’est-ce que garantir les droits de l’homme, si c’est l’innocent désarmé qu’on laisse détruire et le coupable que l’on préserve. C’est de notre avenir qu’il s’agit. Celui-ci ne peut se construire, ni en reniant l’exemple des aînés, ni en refusant les leçons de l’expérience, ni en laissant le prisme de l’idéologie déformer notre passé et donc notre jugement.

Tel est le message que nous adressons à tous nos compagnons d’armes qui à ce titre ont tous droit à notre considération et par delà à tous nos concitoyens. La paix, la sécurité et la liberté sont des biens rares et précieux ; ce sera demain comme hier le rôle de l’armée de les garantir."

(1)"Le Livre blanc de l'Armée française en Algérie" est publié par les éditions Contretemps, créées par un groupe d’officiers de réserve qui, trop jeunes pour avoir vécu les évènements d'Algérie, ont tenu cependant à honorer la mémoire de leurs pères, dont certains ont été tués en service commandé. Après ce premier ouvrage, ils souhaitent continuer à donner la parole aux grands témoins de cette époque, trop vite jetée aux oubliettes.

(2) SAS: Sections Administratives Spécialisées

  • Editions Contretemps,12 avenue du Général Leclerc, 75014 Paris (chèque bancaire ou postal de 30 €). Contact: contre-temps@wanadoo.fr
 

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