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Face aux narcotrafiquants : l’action spéciale comme ultime garantie...

Cette chronique sur les forces spéciales été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Pascal  Le Pautremat (*). Paris, le 26 décembre 2010.©

La situation du Mexique, en matière de lutte contre les narcotrafiquants conduit les autorités gouvernementales à privilégier l’action spéciale de coercition. Comme ultime parade pour tenter d’endiguer une dérive sociétale.

En même temps que les institutions internationales peinent à juguler les effets de la crise financière et ses extensions économiques, les autorités gouvernementales sont de plus en plus en panne de moyens efficaces autant qu’équilibrés pour contrecarrer les dérives de la violence de plus en plus exacerbée. Économies parallèles, luttes d’influence et de territoires, trafics d’armes, généralisation des armes de guerre… Autant de maux qui, de l’Amérique centrale à l’Occident sont de plus en plus prégnants, même si les différenciations de dangerosité sont encore importantes.

Une situation qui appelle à la mobilisation régionale Il n’échappe à personne que la situation mexicaine peut faire tâche d’huile, tant en raison des capacités de nuisance de ses cartels que du sentiment de puissance que ceux-ci peuvent susciter auprès d’organisations criminelles qui prospèrent sous d’autres latitudes.[2] Les États-Unis, au printemps 2010, ont d’ailleurs réaffirmé leur volonté de renforcer l’aide apportée au Mexique dans le domaine sécuritaire et la lutte contre le crime organisé, en vertu d’un partenariat binational.[3] Dans la continuité des mesures prises sous la présidence de G.W. Bush (aide logistique et technique prévue par l’Initiative Merida, à hauteur de 1,3 milliards de dollars entre 2008 et l’automne 2010), l’administration Obama devrait verser plus de 300 millions de dollars au Mexique en 2011. Certains redoutent toutefois que, par ce biais, l’influence américaine se consolide dans le pays, à l’instar du Plan Colombie.

Carte du Mexique

Quoiqu’il en soit, pour le président Felipe Calderon, la situation est devenue particulièrement difficile tant l’insécurité qui touche son pays est considérable au point que le gouvernement craint de perdre le contrôle de certaines zones du territoire. Les fusillades quotidiennes, les dizaines de morts enregistrés chaque mois (et plus de 30 000 morts depuis 2006) incitent de plus en plus les mexicains à réclamer une coercition sans pitié à l’égard des narcotrafiquants. Près de la moitié de la population se prononcerait en faveur d’une telle radicalité politique.

Les répercussions sociales sont en tout cas profondes, sur fond de crise économique et de désarroi à l’égard d’un pays qui, depuis les années 1980, a connu pas moins de deux plans d’austérité en échange des milliards de dollars injectés par le Fonds Monétaire International (FMI). Et dans la mesure où les fonds spéculatifs font preuve d’une volatilité toujours aussi irresponsable, l’insécurité du pays pèse lourdement sur les investissements, les activités économiques et le climat politique.

C’est dans ce contexte que l’opposition, notamment le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) a obtenu, au terme des élections de juillet 2010, sept des dix postes de gouverneurs. Ce qui fait qu’actuellement près de 20 postes de gouverneurs sur les 31 que comptent le pays sont contrôlés par le PRI.

Une lutte exacerbée Lutte contre le blanchiment d’argent, accentuation des actions de renseignement et des opérations de coercition. L’engrenage est assuré sous le ton d’une violence toujours renouvelée et exacerbée. L’armée multiplie les opérations destinées à neutraliser les principaux chefs des cartels du pays. En juillet 2010, Ignacio Coronel, dit « Nacho », lieutenant de Joaquin Guzman, dit « El Chapo », leader du cartel de Sinaloa, était tué à Zapopan, dans la banlieue de Guadalajara, dans l’ouest du pays. En décembre 2010, c’était au tour de Nazario Moreno, surnommé Le Fou (« El Loco ») d’être tué par des forces spéciales, aux portes de la ville d'Apatzingan. Moreno était l’un des principaux responsables du cartel La Familia, implanté dans l’État de Michoacan. L’opération destinée à le neutraliser a mobilisé pas moins de 300 membres des unités d’élite de la police et de l’armée, appuyés par des hélicoptères.

Si les américains apportent leurs savoir-faire en matière de renseignement et d’opérations spéciales au profit des policiers et militaires mexicains, les narcotrafiquants sont loin de subir puisqu’eux aussi bénéficient d’apports techniques.

Ainsi, d’anciens cadres et experts de l’armée colombienne se seraient laissé tenter par l’appât du gain pour se mettre au service de cartels, notamment La Familia, afin d’en affiner les capacités paramilitaires. Vers un cas de jurisprudence ? Par extension et extrapolation, on ne peut s’empêcher de penser aux dérives inhérentes aux économies parallèles qui se profilent de manière de plus en plus préoccupante dans les pays européens. Elles mettent en avant des groupes criminels surarmés, inscrits dans des logiques de seigneurs de la guerre, guidés par des politiques d’appropriation de territoires urbains, dans une lutte d’influence d’un autre âge. Face à cela, on le perçoit nettement, les pouvoirs publics, sur le point d’être désemparés, sont de plus en plus tentés par la mise en première ligne de forces et unités spéciales d’intervention. Entre les experts des opérations spéciales et une nouvelle génération ultraviolente de criminels du grand banditisme, les acteurs conventionnels des forces de l’ordre apparaissent à la fois désemparés et de moins en moins dissuasifs. Finalement, l’extension de la crise de l’État providence, sur fond de politique d’austérité quasi généralisée dans toute l’Union européenne, contribue à conforter l’emprise des économies parallèles, vecteurs de constitution ou de renforcement de véritables oligarchies mafieuses.

Pascal  Le Pautremat (*)

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.

[1] Défense N°149 daté de Janvier-février 2010. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Voir également Crime organisé et unités spéciales en Amérique du sud" de Pascal Le Pautremat.

[3] Cette politique fit l’objet d’un voyage à Mexico d’Hillary Clinton, Secrétaire d’État américaine le 23 mars 2010, avec le cabinet de sécurité de la Maison blanche le secrétaire à la défense, Robert Gates, le secrétaire à la sécurité intérieure, Janet Napolitano, le chef d'état-major interarmées, Michael Mullen, le directeur du renseignement national, Dennis Blair, et la responsable adjointe de la DEA (Drug Enforcement Administration) Michel Leonhart. Un fait sans précédent.

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