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Les anonymes du djihad

Les anonymes du jihad
Cette chronique sur les forces
spéciales été publiée dans la
revue Défense.[1]
Nous
la reproduisons ici avec l'autorisation de
son auteur,
Pascal Le Pautremat (*). Paris, le 25
août
2007.©
La
guerre « contre le terrorisme » implique une lutte constante contre les
courants islamiques, partisans du
djihad. Leurs éléments fanatisés sont autant
d’anonymes susceptibles d’être sacrifiés, par leurs commanditaires, dans des
actions dites secondaires, afin de détourner l’attention des Services spéciaux
d’opérations de déstabilisation retentissantes.
Et la difficulté de lutter contre de telles structures n’est
pas des moindres, tant les islamistes, à l’instar des frères musulmans, sont
imprégnés des contraintes et des impératifs de la stratégie des étapes. D’où
leurs efforts sans cesse renouvelés pour disposer des vecteurs de communication,
afin d’assurer à la fois prosélytisme et recrutement. En France, le nombre
d’islamistes dits radicaux est estimé entre 300.000 à 500.000 personnes, parmi
lesquelles 5.000 seraient susceptibles de déraper vers des actions belliqueuses.
Et plus précisément, existent en moyenne entre 400 et 600
jeunes concrètement inscrits dans la logique jihadiste. L’impact du
prosélytisme
et de l’endoctrinement, dérivés des principes coraniques L’un des principaux
vecteurs propices à leur
propagande, outre le téléphone mobile, est sans aucun
doute Internet. Un paradoxe pour des fondamentalistes qui, tout en appelant à la
destruction du modèle occidental, savent profiter des outils de communication et
des nouvelles technologies qui en émanent. Via des sites plus ou moins
officieux, ils légitiment le djihad, sous toutes ses formes, au service d’une
structure religieuse supranationale, devant annihiler les États-nations, y
compris en terre d’Islam. Les mosquées et salles de prières servent aussi de
chambres de résonance aux appels à se mobiliser. Et, dans le cas français, le
maillage urbain du pays, avec ses 630 quartiers sensibles officiellement
reconnus, est un opportun tissu d’émancipation. En Grande-Bretagne, les services
de renseignement pour la sécurité intérieure (MI5) ont identifié près de 200
réseaux sur leur sol, en suivant de près quelques 1 600 individus.
Le phénomène de jeunes d’origine maghrébine, ou européenne
convertis à l’Islam, tentés par un islamisme violent, concerne essentiellement
les zones urbaines et périurbaines. Si ces jeunes s’inscrivent, d’une certaine
manière, dans une tendance déjà constatée à d’autres époques pour des classes
d’âge quasi similaires sans être nécessairement musulmanes (implication
idéaliste dans une crise ou un conflit : Liban, dans les années 1970, Rhodésie,
Birmanie ou Afghanistan dans les années 1980...), leur démarche jihadiste
traduit aussi la fragilité d’une jeunesse en perte de repères, qui se considère
exclue ou décrédibilisée socialement.
Une formation assurée par les vétérans des combats d’Europe
et d’Asie noyés d’ennui, en quête d’un engagement fort, ces jeunes sont autant
de proies faciles pour les fondamentalistes qui, sans vergogne et avec talent
parfois, distillent leur discours et s’appliquent à recruter de jeunes bras. Et
à moindre coût. Car ces jeunes, une fois embrigadés, sont pris en charge et
envoyés dans des centres de formation tenus par des professionnels de la guerre,
moudjahiddines qui ont fait leur preuve en Afghanistan, contre les troupes
soviétiques pour les plus anciens, en Tchétchénie, ou plus globalement, dans le
Caucase et en Asie centrale, sans omettre la Bosnie au début des années 1990,
lors de la guerre en ex-Yougoslavie (1991-1995). Mais les opérations militaires
en Afghanistan, l’intervention en Irak marquent autant de situations devenues
brutalement périlleuses pour la plupart de ces jeunes. Plusieurs sont tombés au
combat, écrasés sous le déluge de la puissance de feu des armées britannique et
américaine, pendant que d’autres étaient emprisonnés et conduits, dans le centre
de détention de haute sécurité édifié à leur attention sur la
base de
Guantanamo Bay, à Cuba.

Détenus au Camp de Guantanamo (Camp
X-ray)
Reste alors le terrain européen ou maghrébin où les tourismes
occidentaux sont autant de cible potentiels, sur fond de déstabilisation des
régimes en place.
De leur côté, les Services de renseignement et de
contre-terrorisme sont en alerte maximale, focalisés sur le démantèlement des
réseaux de jihadistes, entre le France et le Maghreb. Dernièrement, a ainsi été
neutralisé un réseau établi entre Casablanca et Mantes-la-Jolie, rattaché au
Groupe islamique combattant marocain (GICM) et impliqué dans les attentats
de
Casablanca et de
Madrid,
le 11 mars 2004 (191 morts, 1 900 blessés).

Plaque commémorative sur les attentats
du 11 mars 2004
Et la menace non négligeable d’attentats impliquant des armes
bactériologiques, chimiques ou radiologiques mobilise conjointement les acteurs
du Renseignement du ministère de l’Intérieur et leurs homologues du ministère de
la Défense, et de l'Unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT).
Pour une situation qui témoignage de la persistance « du sang, du labeur, des
larmes et de la sueur »[2]
Pascal Le Pautremat (*)
(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense
Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.
[1]
Défense N°129 daté de Septembre-octobre 2007. Revue
bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes
Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.
[2] Formule célèbre de Winston Churchill prononcée lors d’un
discours à la Chambre des Communes, en mai 1940.
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