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Les soldats français face à un nouvel imbroglio africain

Les soldats français face à
un nouvel imbroglio africain
Cette chronique sur les forces
spéciales été publiée dans la
revue Défense.[1]
Nous
la reproduisons ici avec l'autorisation de
son auteur,
Pascal Le Pautremat (*). Paris, le 24
décembre
2006.©
Au
Tchad et en République Centrafricaine (RCA), la France est confrontée à une
situation de guerre ouverte, entre crise intra et interétatique, à laquelle le
régime soudanais n’est pas étranger.
Le Darfour subit la violence instrumentalisée par le régime
soudanais d’Omar Al-Bachir
qui, depuis Khartoum, joue d’une situation de
tensions interethniques. Victimes des
milices arabes janjawids, particulièrement
virulentes dans l’ouest et le Nord du Darfour, plus de 300.000 personnes ont
perdu la vie, dont plus de 100.000 dans les combats associés à une
systématisation des viols.[2] S’ajoutent à cela le problème posé par le
déplacement de 2,5 millions de personnes désespérées. Bien que 7.000 soldats de
l’Union africaine de la MUAS (Mission de l’Union africaine au Soudan) soient
actuellement déployés au Soudan, leur capacité de dissuasion est dérisoire,
faute de moyens lourds et de mandat audacieux.[3]
Dans ce contexte, la France appréhende que la
crise du
Darfour n’enflamme durablement la région par une extension conflictuelle au
Tchad et en Centrafrique, dans la mesure où ces deux pays subissent
régulièrement des incursions de rebelles du Darfour et d’opposants tchadiens
qui, réfugiés au Soudan, transitent par la Centrafrique pour combattre le régime
d’Idriss Déby
Itno.

Carte du Darfour
Du
Tchad à la
République centrafricaine : éviter l’embrasement transfrontalier Les régions
tchadiennes, du nord-est au sud-est, de Biltine, Ouaddaï et de
Salamat, zone
frontalière avec la
Centre-Afrique, sont désormais touchées de plein fouet. Les affrontements
intercommunautaires, entre populations arabes et non-arabes s’y sont accentués.
Au point que N’Djamena a décrété l’état d’urgence dans sept
régions. Depuis de longs mois, l’armée gouvernementale s’applique à contrer les
rebelles tchadiens de l’Union des forces pour la démocratie et le développement
(UFDD) de Mahamat Nouri, qui ont leurs bases arrière au Soudan, et ceux du RaFD
de Timan Erdimi et de la Concorde nationale tchadienne d’Al-Djinédi. Quant à la
République Centrafricaine du président François Bozizé, soutenue par la France,
elle subit elle aussi une conjoncture de déstabilisation, notamment dans le
nord, via le jeu de forces rebelles composées de combattants soudanais, de
militaires tchadiens opposés au régime d’Idriss Déby et des membres de l'Union
démocratique des forces pour le rassemblement (UDFR) favorables à
Ange-Félix
Patassé, chassé du pouvoir en 2003.
Au Tchad comme en RCA, le soutien de la France repose
essentiellement sur des missions de soutien logistique et d’instruction, de
renseignement et de reconnaissance, sans exclure les actions de combat et de
frappes aériennes. Les moyens français déployés La France intervient au Tchad
grâce au «
dispositif
Épervier » établi depuis le 10 février 1986 et qui,
actuellement, rassemble près de 1 300 hommes et six Mirages F-1 depuis, outre Faya Largeau, N'Djamena et Abéché. Les soldats français appuient et soutiennent
les troupes de Déby pour reprendre pied dans l’est du pays. Les Forces spéciales
y sont présentes, sans qu’il ne soit possible de connaître le volume exact de
leurs effectifs et la nature même de leur mission.

Carte du Tchad
Mais cette dernière intègre nécessairement la sécurité des
ressortissants, l’éventualité de porter secours à tout pilote abattu (Combat Search and Rescue –
CSAR), ainsi que des actions de renseignement et
reconnaissance. En RCA, la France s’appuie sur le
Détachement Boali,[4] avec près
de 200 hommes, au profit de la Force multinationale de la
Communauté économique
des États de l'Afrique centrale (FOMUC). Elle a, tout comme au Tchad, engagé ses
avions contre les rebelles de l'UFDR (Union des forces démocratiques pour le
rassemblement) dans le nord-est du pays.
Les soldats français ont d’ailleurs contribué à la reprise de
la ville stratégique de Birao par les forces gouvernementales centrafricaines,
grâce notamment aux Mirage F1 et aux groupements de commandos parachutistes (GCP),
qui collaborent avec le Commandement des opérations spéciales (COS), héliportés
sur l’aéroport de la ville.

Mirage F1 en mission d'observation au
Tchad
La France, avec le soutien de l’Union africaine, prône
l’établissement d’une force internationale pour servir, en quelque sorte, de
force d’interposition, sur la frontière avec le Soudan. Si Idriss Déby a
finalement accepté une telle perspective, l’avis favorable d’Omar Al-Bachir est
loin d’être acquis ; ce qui permet à Khartoum, pendant ce temps, d’avoir le
champ libre pour orchestrer de nouveaux massacres au Darfour et des raids
transfrontaliers.
Pascal Le Pautremat (*)
(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense
Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.
[1]
Défense N°125 daté de Janvier-février 2007. Revue
bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes
Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.
[2] 82 % des
victimes des attaques et des viols sont des femmes.
[3] Le 31 août
2006, le Conseil de sécurité a voté la résolution 1706 qui prévoit l’envoi de
20.000 casques bleus pour les y relever. Mais Khartoum
s’oppose fermement à ce déploiement de troupes.
[4] Les forces
françaises sont déployées au Tchad depuis 1986 dans le cadre du dispositif
Épervier. Le Tchad est un pays fragile, qui a été directement affecté par la
crise du Darfour : il a dû accueillir 350.000 réfugiés et doit gérer près de
200.000 déplacés dans l’Est ainsi que des menaces des rebellions venues du
Soudan. Les éléments français au Tchad (EFT) de la force ÉPERVIER assurent deux
missions permanentes :
- ils garantissent la protection des intérêts français, et tout
particulièrement la sécurité des ressortissants français résidant au Tchad,
- conformément à l'accord de coopération technique signé entre la France et
le Tchad ils apportent un soutien logistique (ravitaillement, carburant,
transport, formation) aux Forces armées et de sécurité (FADS) tchadiennes,
ainsi qu'un appui renseignement.
- En outre, sur une base volontaire, ils apportent une aide médicale à la
population.

Arrivée du 1er Transall à Goz-Beida
Le
dispositif français au Tchad est situé sur deux bases principales : la plus
importante est la base aérienne 172 « SGC Adji Kosseï » à N'Djamena et la
seconde est le camp Croci à Abéché, dans l'Est du pays. Un détachement est
également stationné à Faya-Largeau, au Nord du Tchad. Concrètement, les moyens
aériens de la France au Tchad comportent deux avions ravitailleurs C135-FR,
3 Mirage F1-CT, 3 Mirage F1-CR et 3 Transall C-160 basés à
N'Djamena.
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