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La Brigade de Renseignement expérimente un nouveau concept

La Brigade de Renseignement expérimente un nouveau concept

Du mardi 15 au mercredi 23 avril 2008, plus de 7 000 hommes et femmes avec 2.500 véhicules, ont participé dans la région des camps de Champagne à l’exercice national majeur des forces terrestres pour 2008 : Forces en TErrain Libre (FORTEL). Les armées alliées belge et slovène ont participé à cet entraînement, ainsi que des officiers suisse et autrichiens. Cet exercice a permis aux brigades d’appui spécialisé (BAS), aux brigades logistiques (BL) et à une brigade interarmes (BIA) d’entraîner et d’évaluer leurs unités en milieu interallié, interarmées et interarmes, dans un environnement opérationnel réaliste. Au cours de cet exercice, les militaires ont conduit des opérations au sein des villes, parmi la population, pour mieux prendre en compte leurs contraintes spécifiques. Les opérations logistiques de ravitaillement des troupes comme d’évacuation de personnels ou de matériels ont été conduites dans un contexte interarmes multinational pour être au plus prêt des engagements actuels ou les missions et responsabilités sont partagées. FORTEL a permis aussi d’expérimenter de nouveaux concepts, tel celui du Bataillon de renseignement multi capteurs (BRM). Mis en œuvre par la brigade de renseignement à partir de moyens de recueil d’informations, au sol ou par la troisième dimension, il consiste à recouper les données pour en faire un élément supplémentaire de compréhension des actions possibles ennemies. Par ailleurs, cet exercice a été aussi l’occasion d’avancer dans le processus de validation du 2e régiment de dragons NBC (2e RDNBC) de Fontevraud en vue de son engagement dans un cadre OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique nord). Source : SIRPA Terre. Interview du Colonel Jean-Marc Degoulange, CEM de la BR lors de l'exercice FORTEL 2008. Suippes, le 22 avril 2008.

Question : Quelle est l'importance du renseignement pour l'Armée de terre aujourd'hui et quelle sera-t-elle demain?

Colonel Degoulange :  L'importance du renseignement est vitale pour l'armée de terre puisque la surprise se révèle sur terre et que la réponse militaire repose pour l’essentiel sur l’engagement de forces terrestres appuyées par les autres armées. Or l’armée de terre est encore durablement déployée sur cinq théâtres d’opérations principaux, sans compter ses forces pré positionnées en Afrique et outre-mer. Avec plus de 20 000 hommes en posture opérationnelle permanente, elle assure ainsi l’essentiel du fardeau opérationnel des armées. Dans un tel contexte, et compte tenu du caractère souvent indéchiffrable des événements, il s’agit désormais de «mieux savoir » pour mieux comprendre les rouages et les mécanismes complexes des crises modernes. La recherche du renseignement d’intérêt militaire s’avère donc absolument vitale, en particulier pour des forces terrestres qui se trouvent engagées dans des conflits latents éclatant à l’intérieur même des états et au sein même des populations. Il s’agit alors de parvenir à rationaliser au maximum l’emploi de la force afin que celui-ci soit le plus pertinent et le plus efficace possible.

Question : Mon Colonel, en tant que chef d’état-major et commandant en second de la Brigade de renseignement (BR), pourriez-vous nous présenter cette unité?

Colonel Degoulange : La BR est une grande unité d’appui spécialisé de l'AdT, unique en son genre, qui comprend quatre régiments et deux groupements. Elle dispose d’un large éventail de capteurs de recherche spécialisée ; dans le domaine du renseignement d'origine humaine avec des patrouilles de recherche profonde du 2ème Régiment de hussards et des capteurs humains du Groupement de recueil d'Information chargés d’établir des contacts par mode conversationnel, dans le domaine du renseignement d'origine image avec le 61ème Régiment d’artillerie qui met en œuvre des vecteurs aériens télé pilotés lents et rapides ; enfin dans le domaine du renseignement d’origine électromagnétique avec deux régiments, le 54ème Régiment de transmissions, plutôt spécialisé dans l’appui tactique direct des unités de la force d’action terrestre, et le 44ème Régiment de transmissions davantage à vocation « opératif » ou « stratégique » dans le cadre de la posture permanente de sûreté.

La Brigade a profondément évolué depuis une dizaine d’années, tant en termes de modernisation technique des divers systèmes utilisés par les capteurs qu’en termes d’optimisation des méthodes et des procédures mises en œuvre par les unités. Ainsi le 2e RH était-il à l'origine un régiment de reconnaissance blindé de corps d'armée. Il a donc fallu le restructurer et lui permettre d’acquérir des savoir-faire particuliers spécifiques à la recherche profonde, en s'inspirant de ceux d’autres formations de l'armée de Terre.

Dans la troisième dimension, là encore, les systèmes de drones ont largement évolué, puisque le CL-289 disposait encore il y a quelques années d’une capacité de retour d’image en temps réel. Cette capacité a été abandonnée. L’arrivée du Système de Drone Tactique Intérimaire (SDTI) qui offre une excellente souplesse d’emploi alliée à une grande précision dans la détection, de jour comme de nuit, jusqu'à une profondeur d’investigation de 150 kilomètres, permet de disposer d’images en temps réel d’une grande qualité.

Quant à la guerre électronique, elle a suivi le rythme de l’évolution des télécommunications qui constituent sa cible privilégiée.

Question : Quels sont les effectifs de la brigade?

Colonel Degoulange : La Brigade représente près de quatre mille hommes, dont un peu plus de 2.000 spécialistes du domaine Renseignement. Et sur ces 2.000 spécialistes, à peu près 50% se consacrent au renseignement d'origine électromagnétique, 25% au renseignement d’origine image et 25% au renseignement d’origine humaine.

Question : Cela représente combien de personnel de la BR en permanence à l'étranger ?

Colonel Degoulange : En moyenne, la brigade déploie environ 1350 personnes à l’extérieur du territoire métropolitain tout au long de l'année. Cela dure depuis longtemps, ce qui constitue un vrai défi permanent puisque la Brigade assure son auto-relève sans interruption. Constituant des entités uniques de l'armée de Terre dans le domaine de la recherche spécialisée du renseignement, seules les formations de la Brigade sont en mesure de contribuer à l' « armement » des différentes structures de recherche déployées.

Question : Quand vous rencontrez des collègues appartenant à des armées étrangères, européennes en particulier, avez-vous le sentiment qu'ils regardent le modèle français avec intérêt ?  

Colonel Degoulange : Actuellement, je ne vous cache pas que « le concept de Bataillon de recherche multi capteurs », intéresse beaucoup de nations européennes, puisque la plupart des pays européens ressentent le besoin de travailler conformément au modèle américain ISTAR [1], déjà adopté par l’armée britannique. Faute de pouvoir disposer d’une panoplie de systèmes aussi étendue que celle dont disposent les forces américaines, la France propose une alternative intéressante pour beaucoup d’autres pays, je pense en particulier à l'Allemagne et la Suisse, qui regardent avec intérêt ce que l'on fait, mais également la Belgique, l’Espagne, et les Pays-Bas, qui disposent déjà d’un bataillon un peu comparable. On sent bien qu'il y a là une réflexion importante au sein des pays européens, qui attendent avec intérêt de voir se développer le modèle français avec l’appui d’un bataillon au niveau de la division, ainsi qu’avec celui d’une compagnie de recherche au niveau de chaque brigade interarmes.

Question : Les Français semblent également posséder un autre avantage avec la maîtrise de l'emploi de drones tactiques, comme c'est le cas au sein du 61ème Régiment d’artillerie ?

Colonel Degoulange : Oui, le 61ème RA démontre une solide expérience dans l’emploi des drones tactiques en appui des forces, comme par ailleurs d’autres unités militaires européennes. Ainsi les allemands possèdent-ils également d’un indéniable savoir-faire dans l’utilisation des systèmes de drones rapides à vol programmé de type CL 289, comme leurs homologues français ; mais en revanche, ils ne disposent que d’un vecteur plus léger (dénommé « Luna ») [2] dans le domaine des drones télépilotés, qui semble moins performant que le SDTI.

Question : Quelles satisfactions avez-vous tirées du déploiement du Système de drone tactique intérimaire (ex-drone Sperwer) depuis décembre dernier sur le théâtre du Kosovo ?

Colonel Degoulange : Les nombreuses images qui ont été prises depuis 5 mois au cours des vols de SDTI engagé au Kosovo sont directement exploitées par le Centre opérationnel interarmées et multinational de la KFOR. Cela permet à ce dernier de disposer d’images en temps réel à chaque mission de survol au dessus de l’ensemble du territoire. Ces informations s’avèrent la plupart du temps très utiles pour confirmer certaines informations grâce à des images-preuves, non seulement au bénéfice des Nations unies, mais également à tous les pays de l'OTAN et de l'UE intéressés.

Question : Comment se fait-il qu’une certaine discrétion entoure ce genre de recherche spécialisée qui dure depuis maintenant plus de quatre mois ?

Colonel Degoulange : Le renseignement est une fonction d'appui au commandement sur lequel une certaine discrétion s’avère indispensable.

Question : En ce moment à Suippes, depuis maintenant huit jours se déroule le grand exercice en terrain libre annuel FORTEL 2008 avec la participation d'éléments étrangers.

Cet exercice revêt un intérêt indéniable pour de nombreuses raisons. Tout d’abord, il se déroule en terrain libre, ce qui nous permet de profiter des trois grands camps de Champagne comme zone d'appui de manœuvre, en intégrant les contraintes liées au temps de paix, pour faire voler les drones du 61e RA en particulier, et pendant les week-end lors desquels les déplacements sont limités pour ne pas gêner la circulation routière civile. Au plan de l'entraînement, FORTEL nous permet de placer nos forces dans un environnement proche de la réalité, avec une manœuvre de grande ampleur puisque l'exercice réunit 7.000 personnes et près de 2.500 véhicules sur une zone d'action qui s’étend sur une profondeur de 150 kilomètres.

Dans le domaine de la recherche du renseignement, la Brigade engage pour la première fois une nouvelle structure de circonstance pour appuyer le niveau d’une Division, sous la forme d’un Bataillon de renseignement multi capteurs (BRM). L’exercice s’avère donc particulièrement intéressant pour expérimenter la capacité de ce bataillon à concevoir et à conduire une manœuvre coordonnée de l’ensemble des systèmes capteurs mis en œuvre, puis à fusionner l’ensemble des informations recueillies sous la forme d’un renseignement élaboré au profit de la division.

Par ailleurs, il s’agissait de savoir si les besoins en systèmes d'information et de télécommunications avaient été exprimés avec une précision suffisante pour satisfaire les besoins de ce bataillon ? La marge d’erreur n’a pas été très importante, même s’il demeure une évidente nécessité de le renforcer en la matière. Bien que d’une taille réduite,  un tel bataillon, au vu de sa spécificité, regroupe à peu près cinq cents personnels, et doit mettre sur pied un poste de commandement (PC) d’une taille équivalente à celle d’un PC de brigade, compte tenu du nombre de chaînes technico-opérationnelles à mettre en œuvre (renseignement d’origine humaine, par imagerie, dans le spectre électromagnétique). C’est dire l’importance que revêtent les systèmes d'information et de communication (SIC) nécessaires à la production rapide d’un renseignement fiable (recoupé par diverses sources) au niveau de la division.

Question : Un exercice similaire – JOINT SWORD – avait été joué à Wildflecken en 2006, lors de la montée en puissance du Corps de réaction rapide-France. A l'époque, ce sont des ordinateurs qui avaient simulé l’engagement des capteurs de renseignement. Qu’en est-il aujourd'hui, après cette confrontation avec la réalité de FORTEL 08 ?

Colonel Degoulange : Lors de JOINT SWORD, la grande différence résidait dans le fait que le PC du bataillon était alors colocalisé avec le PC de la division et les capteurs fournissaient des informations préparées à l’avance dans le cadre d’une animation.

Or l’une des principales difficultés à laquelle nous nous sommes heurtés au cours de FORTEL 08 provient du fait que le PC du BRM n'est pas colocalisé avec celui de la division, dont il était distant de près de 80 kilomètres, ce qui n’a pas facilité la mise en œuvre des liaisons internes avec les capteurs réellement déployés face à des unités en plastron, et nécessité l’appropriation par le PC du bataillon de Systèmes d'information et de commandement des Forces d’un niveau supérieur à celui auquel il est accoutumé (brigade, division).

Mon Colonel, je vous remercie.

Voir également :

Interview du général Lecerf, Commandant le CFAT


[1] Intelligence Surveillance,Target acquisition & reconnaissance.

[2] Employé pendant un temps en Afghanistan et au Kosovo.


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