Éditoriaux Défense Sécurité Terrorisme Zones de conflits Logistique Livres de référence Liens
Terre Air Mer Gendarmerie Renseignement Infoguerre Cyber Recherche

Midway (7) : Les réactions américaines après Pearl Harbor

Midway (7) : Les réactions américaines après Pearl Harbor

A Washington, au lendemain de l'attaque surprise japonaise, les têtes changent. Pour l'Amérique blessée et atteinte dans son honneur, l'isolationnisme n'est plus qu'un lointain souvenir: l'heure est à la vengeance. L'Amérique était déjà en guerre en Europe, elle n'a pas d'autre choix que d'ouvrir un deuxième front dans l'immensité du Pacifique. La machine industrielle va fonctionner à plein rendement. Et avec elle les hommes sauront se montrer à la hauteur des circonstances. L'Amiral Chester Nimitz, le premier, à qui le président Roosevelt confie le commandement en chef du Pacifique. A Pearl Harbor pendant ce temps, on dresse l'état des lieux. On soigne les blessés et l'on enterre les morts'. Si le bilan est très lourd [1], on se dit qu'il aurait pu être bien plus catastrophique encore si l'aviation japonaise avait effectué un troisième raid pour "achever le travail". Mal renseignés, les Japonais seront très surpris de ne pas trouver les trois porte-avions américains au mouillage et ignoreront même leur position exacte. Pour ces raisons, le vice-amiral Chuichi Nagumo commandant le 1er Groupe aéronaval japonais, par prudence, préférera ne pas lancer pas de nouvelle attaque. Une décision qui lui sera vivement reprochée par le Haut Commandement japonais. Celle-ci aurait en effet "peut-être" pu détruire le porte-avions USS Enterprise, de retour entre-temps à Pearl, de même que les précieux dépôts de carburant de la flotte du Pacifique, sans compter les 4 sous-marins présents [2] et les chantiers de réparation navale qui n'avaient pas été touchés au cours des deux premiers raids. Des ateliers qui vont désormais travailler jour et nuit au service de la flotte; certains cuirassés seront sauvés et reprendront la mer et participeront de nouveau à de grandes batailles, tandis que les sous-marins vont se déchaîner contre la flotte japonaise. Sans compter que Nimitz se servira désormais d'un nouvel outil qui fera pencher la balance du côté américain, le Renseignement qui va connaître une véritable révolution technique avec le développement de la cryptologie [3], à l'insu des Japonais. Chester Nimitz lancera une première opération qui galvanisera l'Amérique et traumatisera le Japon: ce sera le raid Doolillte qui démontrera à la face du monde que le Japon était devenu vulnérable à son tour. Puis ce sera la bataille de la mer de Corail, qui précédera Midway, et ainsi de bataille en bataille, l'Amérique et ses Alliés entraîneront le Japon à capituler. Par l'Amiral Guy Labouérie, membre de l'Académie de Marine [4]. Brest, le 19 novembre 2005.©

Réorganisation du commandement

  • Dès le lendemain de l’attaque de Pearl Harbor, le haut commandement militaire est changé.

Le Président Roosevelt nomme l’Amiral King [5] comme chef des opérations navales à Washington et l’Amiral Nimitz comme commandant en chef dans le Pacifique. Pour des raisons politiques liées au désastre des Philippines, colonie de fait des États-Unis, le Président en détachera un petit théâtre indépendant dans le Sud-Ouest confié au général Mac Arthur qui avait été le commandant américain sur place et avait juré de revenir après sa défaite devant les Japonais. Très grand patron, l’amiral s’inclinera et donnera satisfaction à toutes les demandes de forces aéronavales sollicitées par Mac Arthur pour ses opérations qui coûteront cher en vies humaines. Remarquons qu’à la différence du général Eisenhower, il n’y a pas eu jusqu’ici de grand porte-avions américain portant le nom de général Mac Arthur, ce qui n’est pas seulement dû à ses erreurs lors de la guerre de Corée en préconisant l’emploi de l’arme nucléaire, ce qui entraînera son envoi à la retraite en 1951 par le Président des États-Unis [6].

Portraits des amiraux Ernest Joseph King et Chester Nimitz par le CdF McClelland Barclay, USNR (1942)

En même temps que la réorganisation du commandement dans le Pacifique, plusieurs des bâtiments qui avaient été envoyés en Atlantique pour soutenir éventuellement les Britanniques dans la guerre sont renvoyés dans le Pacifique pour renforcer la Flotte qui n’a plus un seul cuirassé, tous coulés ou endommagés à Pearl Harbor. Ce transfert rapide justifie et magnifie la pensée et l’action de l’amiral Mahan [7] pour la réalisation de ce canal dont il avait senti l’importance stratégique, essentielle pour la sécurité des États-Unis. Si Nimitz dispose maintenant de quatre porte-avions - Entreprise, Hornet, Yorktown, Lexington - ce qui est loin de la force de porte-avions japonaise, il va disposer d’une arme majeure: l’Intelligence. Dès 1940, les Américains ont cassé le code japonais et le groupe “Rochefort” [8] qui est le spécialiste des décryptages est à Honolulu au lendemain de Pearl Harbor pour y monter la première véritable “Combat Intelligence Unit” [9].  Ce dernier réussit dès le surlendemain à casser le nouveau code des Japonais qui en avaient changé avant leur attaque de Pearl Harbor. Si l’amiral King, CNO [10] à Washington, garde la haute main sur cette unité, observant ainsi les conseils de Sun Tse pour qui “l’espion a accès direct à la tente du général dont il est les yeux et les oreilles”, Nimitz est le premier destinataire de tout ce que cette cellule découvre et, renseigné en permanence sur ses adversaires, il aura un avantage considérable dont il saura se servir.

La bataille de la Mer de Corail, un mois avant celle de Midway. Source: Académie militaire de West Point

Les premières décisions de Nimitz:

  • Il ordonne une guerre sous marine sans restriction contre les navires japonais, civils et militaires: “Ou l’on se bat ou l’on va danser” [11].

A la différence des Allemands qui l’ont perdue deux fois, il la gagnera, car seule une puissance navale complète peut gagner une telle guerre. Il assumera totalement cette décision et n’hésitera pas à témoigner sur ce point en faveur de l’amiral Doenitz [12] au procès de Nuremberg en ce qui concerne l’emploi des sous-marins allemands. Ces sous-marins américains, qui auront des distances considérables à parcourir pour attaquer le commerce japonais, compte tenu de l’éloignement de ses flux maritimes passant à l’intérieur des îles du Sud Est asiatique, seront par la suite une des clés de l’affaiblissement progressif de l’économie japonaise et de ses capacités industrielles.

  • Les défenses de Midway sont renforcées.  

Photo d'un Catalina dans sa version Armée de Terre (OA-10). Photo USAF Army [13]

On y crée trois pistes d’aviation et une base pour hydravions, avec un important renforcement des défenses antiaériennes, puis à partir du 2 mai, où Nimitz vient en personne visiter les installations, on y déploie des avions de bombardement de l’aviation de l’armée de terre et des hydravions Catalina de la Marine. Il s’agit bien de l’armée de terre car la force aérienne des États-Unis (USAF) ne sera créée qu’en 1947 devant l’incroyable développement des activités et possibilités aériennes avec leurs immenses progrès technologiques, ce que regretteront certains hommes politiques américains comme le confie Kissinger dans ses « malentendus transatlantiques » .

Pour manifester à leur adversaire que les États-Unis sont toujours capables de réaction, les Américains montent une étonnante opération aéronavale sur Tokyo et sa banlieue sud (Kawasaki et Yokohama) et 4 autres villes, dont Nagoya, Osaka et Kobé, opération menée le 18 Avril 1942 par 16 bombardiers B25, entraînés à décoller d’un porte-avions, le Hornet, sans espoir de pouvoir y revenir apponter compte tenu de leur dimension, et commandés par le lieutenant-colonel Doolittle [14].

Sur la photo de gauche, on voit le LTC James H. Doolittle (à gauche), et le CDV Marc A. Mitscher, commandant l'USS Hornet, posant à côté d'une bombe de 500 livres, entourés des membres d'équipages de l'USAF Army. Photo U.S. Naval Historical Center.

Sur la photo de droite prise le le 18 avril 1942, le premier B-25B piloté par Doolittle décolle du Hornet. Photo U.S. Navy.

Sur la photo suivante, on aperçoit les six derniers B-25B de l'USAF Army qui vont décoller à leur tour pour bombarder leurs objectifs: quatre grandes villes japonaises, dont Tokyo. Photo U.S. Naval Historical Center.

Sur cette photo prise le 18 avril 1942, on voit le B-25B de Doolittle qui décolle de l'USS Hornet.

C’est techniquement remarquable quand on voit la taille de ces avions par rapport au pont du porte-avions et on doit admirer la compétence des pilotes de l’armée de terre qui ont réussi l’exploit de ce décollage sur une piste animée de mouvements inattendus et trois fois plus courte que celle dont ils avaient l’habitude à terre. C’est d’autant plus mérité qu’ils seront obligés après avoir largué leurs bombes de se poser en Chine où la quasi-totalité des équipages seront exécutés par les Japonais contrairement à toutes les lois de la guerre.

Secteurs des villes bombardées lors de l'opération Doolittle. Source: Académie militaire de West Point

Si l’effet militaire proprement dit fut assez réduit, l’effet psychologique fut par contre colossal, favorisant chez les Japonais les plus mauvais conseillers stratégiques que sont la “stupeur et la fureur”, mettant en évidence en même temps leur manque de renseignement, car à partir du moment où ils sont entrés en guerre, les Américains exercent d’impitoyables contrôles sur toutes les personnes japonaises aux USA. Et il faudra un peu de temps pour répondre aux questions initiales quels avions? à partir de quelles bases? Comment ont-ils fait? pourquoi n’avons nous rien vu? etc. Dès lors qu’ils estiment que leur honneur a été atteint comme le montrent les excuses personnelles que l’amiral Yamamoto ira présenter à l’Empereur pour n‘voir pas vu venir cette attaque à partir de la mer, les Japonais se trouvent dans une situation psychologique défavorable qui leur fait perdre en partie le sens des réalités.

  • Les conséquences de ce bombardement seront considérables dans leurs décisions ultérieures

Pour manifester de la même façon sa présence et ses capacités opérationnelles et montrer que les États-Unis sont toujours au combat, il décide d’avoir une présence offensive dans le Sud avec deux porte avions, le Lexington et le Yorktown accompagnés par 8 croiseurs et 6 destroyers, cette force étant commandée par l’amiral Fletcher.

Le pont d'envol du Lexington à 15 heures le 8 mai 1942

La présence relativement proche de la Nouvelle Calédonie que De Gaulle a mis à la disposition des Américains dès l’attaque de Pearl Harbor leur fournirait éventuellement et au moins psychologiquement une possibilité de déroutement et de soutien de leurs avions. Cela permettrait d’éviter un débarquement japonais éventuel à Port Moresby, de soulager la pression japonaise considérable sur les Alliés britanniques et hollandais qui se font massacrer depuis le mois de décembre, et d’autre part d’induire en erreur les Japonais sur le nombre et l’état des porte-avions dont pourra disposer ultérieurement l’amiral Nimitz.

Les Japonais de leur côté alignent deux grands porte-avions le Shokaku et le Zuikaku et un porte-avions léger le Shoho, en soutien d’une force d’invasion qui a conquis Bougainvlle et Tulagi [15] dans l’archipel des Salomon et s’apprêtent en principe à intervenir du côté de Port Moresby [16].

Des SBD-3 Dauntless sur le Yorktown dans la Mer de Corail en avril 1942  [17]

Baptisée « bataille de la mer de Corail », la rencontre les 7 et 8 Mai 1942 des deux forces aéronavales est la première [18] avec une telle distance entre les belligérants dont les patrons ne se verront pas, seuls les pilotes engagés dans l’action d’un côté comme de l’autre ayant la vue et le contact sur leur adversaire, les Américains ayant toutefois l’avantage de leurs radars qui leur permettent de “voir” arriver les avions assaillants.

Carte de la bataille de la Mer de Corail (Source: Ministère américain de la défense)

Elle se traduit pour chaque camp par le premier “entraînement” in vivo du combat aéronaval dans toutes ses nouvelles particularités, en commençant par l’importance des avions de reconnaissance avec les difficultés d’identification qui entraîneront un certain nombre d’erreurs, de méprises et de pertes de temps, ainsi qu’une certaine vulnérabilité des porte-avions japonais qui encaissent mal les bombes US et les incendies qui en découlent.

Le Shosho torpillé photographié par un pilote de l'USS Lexington

Le porte avions léger Soho est coulé dès le début, puis le Shokaku est endommagé par les avions du Yorktown mais le 8 les Américains, bien qu’alertés par leurs radars de l’arrivée de raids japonais placent mal leurs chasseurs pour les intercepter et perdent le Lexington, le plus grand porte-avions à l’époque, tandis que le Yorktown est avarié mais capable de rentrer vers Pearl Harbor par ses propres moyens.

Le 8 mai 1942, les avions du Yorktown bombardent le Shokaku

L’orgueil japonais les conduira à ne pas faire réparer rapidement celui de leurs grands porte-avions, le Shokaku, hors de combat à l’issue de cette bataille, persuadés que les Américains seront bien incapables de le faire pour le leur, le Yorktown, alors que ces derniers feront des prodiges pour le remettre en état dès son retour à Hawaï.

L'USS Lexington en flammes, abandonné par son équipage, coulera le 8 mai 1942

Les Japonais ont pourtant pu constater, outre les difficultés d’identification et la supériorité de leurs chasseurs Zéro [19] face aux avions américains, dont la manœuvrabilité est notablement inférieure à la leur, trois éléments importants pendant cette bataille incertaine:

Zéro A6M2 Modèle 21 restauré par Gerald Beck - Photo © Douglas Anderson

  • d’une part que leur réserve en pilotes expérimentés n’était pas suffisante dans un combat de ce type,

  • d’autre part que même s’ils n’ont pas perçu l’avantage que leur a donné leurs radars, l’agressivité et le courage des pilotes américains sont du même ordre que les leurs, et enfin

  • qu’ils avaient perdu en pilotes et avions “près du tiers de leur puissance aérienne offensive” comme le notera Fuchida, le plus célèbre de leurs commandants de flottille [20] qui a déjà mené l’attaque sur Pearl Harbor. Tout cela va se retrouver le mois suivant.

Enfin Nimitz ordonne la construction d’un hôtel pour les journalistes à Midway, persuadé que cette île sera à un moment ou l’autre au centre des opérations aéronavales futures, même s’il ne sait pas encore où se passera la prochaine initiative des Japonais, car sa seule position géographique ne peut qu’attirer les regards et l’avenir. Aussi est-il bon que tout soit fait pour recevoir ces observateurs dans les meilleures conditions, même si elles sont limitées sur cette île.

Enseignements

Après un échec on doit changer les patrons, quels qu’ils soient, et d’autant plus que les responsabilités sont plus grandes et cela, quelles que soient les circonstances.

  • C’est une règle dans les Marines dignes de ce nom à défaut de l’être dans bien des cas ailleurs.

Les patrons d’entreprise de même que les hommes politiques devraient se plier à cette règle dès lors que l’échec touche le futur de l’entreprise ou du pays dont ils ont la charge et sans réclamer des compensations qui leur font oublier les traitements déjà souvent excessifs dont ils ont profité pendant qu’ils étaient en poste. C’est ce qu’a fait De Gaulle en 1989, ce que ne font pas ceux qui s’imaginent que leur élection précédente est un sauf-conduit à leur conduite comme à leurs échecs voire leur condamnation par la justice. C’est essentiel pour le moral de l’ensemble de toute entreprise comme de toute société.

  • Quand l’action est nécessaire ou inévitable quelle qu’en soit l’origine et les raisons, il faut foncer.

C’est ce que nombre d’Européens ont été incapables de comprendre aussi bien en 1935 que plus récemment, préférant depuis longtemps « la danse à la guerre » ce qui leur avait pourtant déjà coûté très cher au XXème siècle.

Étant incapables de distinguer entre l’action dont on est l’initiateur et celle que l’on subit, entre les guéguerres gendarmes/voleurs sur le territoire national avec une loi unique pour tous et les véritables opérations de guerre dans les espaces internationaux, on ne peut qu'aboutir à l‘échec dont le plus cruel pour la France, fut la conséquence de cette « drôle de guerre », illustration des incroyables déclarations sur la Défensive qui peut tout, satisfaisant pacifistes et antimilitaristes avant l‘effondrement.

Elle reste malheureusement toujours d’actualité et si elle a pris des formes adaptées aux circonstances, dans trop de mouvements de toute nature dont le point commun est le laxisme et le refus de l’Autorité de État, les lendemains sont d’autant plus cruels qu’ils se produisent après plus de trente ans de complaisance coupable où seuls les discours si beaux soient-ils n’ont aucun effet sinon celui de la « danse des mots » .

Refuser l’action, quelle qu’elle soit, quand elle est essentielle si l’on veut assumer ses choix, ses Projets, son entreprise comme sa société, est la marque du renoncement, de la lâcheté, du manque de courage qu’il soit physique, moral, intellectuel ou politique… qu'aucune attitude martiale sans volonté ne peut pallier.

  • De plus quand une opération est lancée, qu’elle soit de son fait ou de celle de l’Autre, on doit la faire avec tous ses moyens, totalement, sans restriction mentale surtout s’il s’agit d’un conflit à mort.

Si l’on est en difficulté il faut essayer de reprendre l’initiative même sur un point mineur ce qui a le double avantage de motiver les siens et le cas échéant de déstabiliser l’Autre, ce qui se rapproche des idées et recommandations du colonel Lawrence sur la stratégie indirecte à mener contre les Turcs pendant la première guerre mondiale et celles de Sun Tse, en se servant de la “tromperie” au sens large, dans la recherche constante de l’initiative pour déstabiliser l’Autre, ce que fut au premier chef l’opération sur Tokyo. Mais désormais cela s’étend à l’ensemble des activités d’une entreprise comme d’un pays sans oublier qu’à titre personnel c’est la meilleure méthode de séduction aussi bien des femmes que des hommes.

Rien n’est jamais définitivement perdu tant qu’il reste du personnel motivé et des moyens, même s’ils peuvent paraître initialement non adaptés comme ici les avions de l’armée de terre américaine, peut-être inefficaces sur le moment mais d’un grand secours pour “distraire”, égarer ou fatiguer l’Autre. La qualité principale de ses aviateurs, que l’on retrouvera par la suite, est l’abnégation et le sens de l’intérêt général. Encore courantes chez les militaires, il n’apparaît pas que ces deux qualités soient enseignées dans nos écoles ni beaucoup pratiquées sur le terrain y compris dans les entreprises.

  • Les sous-marins n’ont réellement conquis ce nom dans toute sa réalité qu’avec la propulsion nucléaire. Qu’ils soient classiques ou nucléaires, ce sont des armes du tout ou rien qui ne peuvent pas être employés n’importe comment contre n’importe qui, particulièrement en période de crise.

 Tant que l’usage des armes n’est pas autorisé ou pas possible, c’est essentiellement leur capacité de renseignement, d’opérations indirectes, et celle de dissuasion par leur présence invisible qui sont importantes, comme l’a montré le déploiement de sous-marins nucléaires d’attaque britanniques au large de l’Argentine dans la guerre des Malouines. S’ils peuvent attaquer tout ce qui flotte et même se défendre contre certains moyens aériens, leur liberté d’action est néanmoins fondamentalement liée à la maîtrise de l’Océan et celui qui ne l’a pas finit par perdre, comme l’ont montré les deux guerres sous-marines en Atlantique . Si cela ne s’est pas produit par fait de guerre face à l’immense flotte sous-marine soviétique, reconnaissons qu’elle n’a pas plus servi que la flotte sous-marine française au cours de la Seconde Guerre Mondiale. La Flotte des sous-marins stratégiques, quant à elle, est un cas à part où son efficacité dissuasive tient à sa non-détection dans les profondeurs marines, mais en tant que telle, elle ne peut remplir de mission de combat, d‘où l‘erreur de la compter dans les moyens d‘une flotte de combat. Il s’agit de toute autre chose, à moins de changer complètement ses caractéristiques, rôles et armements.

  • Les Américains ont une avance de 50 ans en ce qui concerne les médias et leur importance y compris dans un conflit militaire.

Si devant certaines dérives médiatiques, les militaires en opérations sont parfois tentés d’élever les règles de confidentialité, ne serait-ce que pour protéger leur personnel, ils ont tout avantage à faciliter le travail de journalistes formés aux affaires de Défense - encore faut-il les avoir formés en ne se contentant pas de désignations de convenance - car en démocratie et ouverture mondiale de l’information, tout finit par se savoir. Des journalistes professionnels comprennent d’autant mieux une réserve momentanée à partir du moment où on leur fait confiance dans la vie de tous les jours.

La question est la même pour toute entreprise qui ne peut se développer, à l’intérieur comme au plan international, sans une politique complète de “communication et d’information” adaptée à son ou ses Projets.

Liée désormais pour partie à ce que l’on appelle improprement ou non la guerre économique, seuls de grands professionnels sont capables de mesurer exactement cette politique et la mettre en pratique avec ces médias de toute espèce qui ne cessent de se développer.

Les principales données des situations actuelles en ce qui concerne l’Intelligence, économique comme globale, sont en gestation dès la création de cette “Combat Intelligence Unit” et le succès qui en couronnera l’exacte appréciation indique la voie à suivre que ce soit pour les gouvernements ou pour les entreprises.

La création de cette cellule est le premier modèle d’organisation d’Intelligence opérationnelle efficace que les États-Unis ne cessent de mettre en place et de développer jusque dans les gigantesques installations actuelles du projet Échelon par exemple qui donne à l’ensemble anglo-saxon (États-Unis, Grande Bretagne, Canada, Australie, Nouvelle Zélande) une position mondiale extrêmement forte même si les Américains se gardent bien de tout communiquer à leurs « Alliés préférés », position dont il n’est pas du tout sûr que les pays européens aient compris l’importance.

Que ce soit à titre personnel comme à titre collectif la perte du sens des réalités, aussi bien que l’exacerbation des données passionnelles mettent toujours les personnes et les collectivités dans une situation de faiblesse, qu’il est ensuite de plus en plus difficile de rétablir en fonction du temps passé dans l‘irréalisme.

On le perçoit aussi bien dans l’acceptation et le financement public d’associations contraires aux valeurs de la République, que dans l’incapacité de dominer et maîtriser certains mouvements dits “sociaux”, ou plus encore qu’à un niveau plus élevé dans des prises de position politiques ou diplomatiques qui, n’ayant plus comme référence que des données idéologiques ne pouvant pas s‘appuyer sur de réels moyens, se retournent contre leurs auteurs. L’effondrement de l’Union Soviétique en est une remarquable démonstration.

Guy Labouérie

[1] L'attaque sur Pearl Harbor déclenchée le dimanche 7 décembre 1941 à l'aube coulera ou endommagera 8 croiseurs de bataille, 3 croiseurs légers, trois destroyers et 4 bâtiments de soutien, détruisant également. 87 avions de la Navy et 77 avions de l'U.S. Air Force Army basés à Hawaï. Le bilan sera très lourd, mais aurait pu être encore plus désastreux, côté américain: 2403 militaires et civils tués, 1178 blessés. Côté japonais: 29 avions avec 55 pilotes et 5 sous-marins de poche et leurs 9 membres d'équipage.

[2] Il est bien possible que les Japonais n'aient pas intentionnellement attaqué la base sous-marine de Pearl Harbor, considérant les quelques sous-marins présents comme négligeables. Cette erreur leur sera fatale. D'un effectif de 359 hommes en juillet 1940, la base est passée à 700 le 15 juillet 1941, à 1.081 en juillet 1942 pour atteindre 6.633 personnes en juillet 1944. Cette base sous-marine créée en 1918 s'est fortifiée au fil des années et jouera après l'attaque sur Pearl Harbor un rôle vital pour les sous-marins américains. Voir Pearl Harbor Submarine Base: 1918-1945.

[3] Grâce à la cryptologie, les États-Unis possèderont un avantage stratégique considérable sur le Japon, qui leur permettra de renverser le cours de la guerre dans le Pacifique, dans la mer de Corail d'abord, puis à Midway. La "Radio Intelligence Section" de l'US Navy, plus connue sous le nom de "Bureau de recherche" (Research Desk) ou OP-20-G, a été créé en 1924 par Laurence F. Safford, qui fut le père incontesté de la cryptologie de la marine américaine. Son service avait pour mission d'intercepter toutes les communications japonaises, de briser les codes, traduire les textes et d'informer le Haut Commandement. Cinq unités étaient basées à Hawaï, aux Philippines, à Guam et sur l'île Bainbridge, dans l'État de Washington. Voir l'étude de Patrick D. Weadon, sur le site de la NSA. [Voir également note N° 7].

[4] L'Académie de Marine a été fondée en 1752. Dissoute comme toute ses consoeurs pendant la Révolution, elle n'a été réactivée qu'en 1921. Son siège est à Paris.

[5] Ernest Joseph King, Amiral de la flotte (1878-1956). A sa sortie de l'École navale, il est cadet sur l'USS San Francisco, navire amiral pendant la guerre d'Espagne durant l'été 1898. Il servira sur tous les types de navires avant de passer son brevet de pilote en mai 1927. 3 ans plus tard, il prendra le commandement du porte-avions Lexington et en 1938 sera responsable de l'Aircraft Battle Force. En février 1941, il est nommé Amiral, Commandant de la flotte du Pacifique, et en mars 1942 sera le premier officier général à cumuler les fonctions de Chef des opérations navales et de Commandant en chef.

[6] Le général Douglas Mac Arthur (1890-1964) est l'un des 5 généraux américains a avoir obtenu une cinquième étoile. Il restera surtout célèbre pour avoir participé à la défaite japonaise et à la reconstruction du Japon et pour avoir joué un rôle de premier plan dans la guerre de Corée, cette dernière étant une sorte de "guerre sainte"... Mais ses déclarations et ses écrits, concernant notamment l'emploi de la bombe atomique contre la Chine, lui vaudront d'être limogé pour insubordination par le président Harry Truman.

[7] Voir Les leçons de l’Océan: (9) Mahan, l’anti-Clausewitz de l'Amiral Guy Labouérie.

[8] Voir note N°3. Le groupe “Rochefort” dirigé par le Capitaine de vaisseau Joseph J. Rochefort (1898-1976) était composé de brillants mathématiciens civils et militaires installés à la station "Hypho" dont il était le chef à Pearl Harbor. Avec Agnes Meyer Driscoll (1899-1971), et d'éminents spécialistes comme Joseph Wenger, le CDV Rochefort, ils réussiront à casser le code opérationnel japonais "JN-25" composé de 45 000 chiffres de 5, chacun représentant un mot ou une phrase ainsi que les codes "Rouge" et "Orange" japonais. En mars 1942, l'OP-20-G ayant perdu deux de ses trois stations d'interception dans le Pacifique du fait de la progression des forces japonaises, il ne restait plus que Hawaï où le matériel était plus qu'obsolète! Les interceptions radioélectriques commenceront à gagner en crédibilité le jour où la Marine américaine sera prévenue avec précision de l'imminence de l'attaque japonaise en mer de Corail et ensuite de celle de Midway. A partir de là, les Américains déchiffreront tous les messages japonais jusqu'à la fin de la guerre. Voir à ce sujet l'excellent papier d'Henry F. Schorreck "The Role of COMINT in the Battle of Midway" (SRH-230)" publié sur le site du Centre historique de la marine américaine ou encore "A Priceless Advantage: U.S. Navy Communications Intelligence and the Battles of Coral Sea, Midway, and the Aleutians", par Frederick D. Parker [NSA: Center for Cryptologic History] et "How Cryptology enabled the United States to turn the tide in the Pacific War" par Patrick D. Weadon.

[9] Le "groupe Rochefort" restera une unité de combat légendaire dans le domaine du renseignement opérationnel. Le Renseignement technique distingue notamment le COMINT pour "Communications Intelligence", SIGINT pour "SIGNAL Intelligence", ou encore d'ELINT  pour "Electronic Intelligence".

[10] CNO : Chief of Naval Operations, Chef des opérations navales.

[11] Phrase citée par l'Amiral Nimitz à Pearl Harbor pour motiver son État-major qui était sous le choc après le débarquement de son chef, l'Amiral Kimmel. Reprise dans plusieurs livres dont la guerre sur mer 1939-1945.

[12] Karl Doenitz, Grand Amiral de la Kriegsmarine (1891-1980) sera désigné par Adolf Hitler dans son testament comme son successeur le 30 avril 1945. Doenitz formera un gouvernement qui durera 20 jours avant de capituler  le 7 mai 1945. A Nuremberg, il sera le seul à ne pas être condamné pour crime contre l'Humanité. Condamné à 11 ans et demi de prison, il sera interné 10 ans à la prison de Spandau (Berlin-Ouest). Il publiera ses mémoires Dix ans et 20 jours en 1958 (traduit en anglais par Weidenfeld & Nicolson en 1959).

[13] La version OA-10 était celle de l'USAF Army, la version Marine était le PBY Catalina (Patrol Bomber). Équipé de bombes, de torpilles, de mitrailleuse de calibre 50, cet avion construit dans les années 1930-1940 en coopération par l'américain Douglas et le canadien Consolidated, a équipé de nombreuses marines dans le Monde. En particulier, ils se sont avérés excellent pour la chasse au sous-marins, équipés de nouveaux radars, d'escortes de convois, et d'avions de recherche et de sauvetage. Certains sont restés en service jusque dans les années 1980 !

 

[14] Le Lieutenant-colonel James "Jimmy" Harold Doolittle (1896-1993) restera un personnage de légende. Ce Californien, pilote instructeur pendant la Première Guerre Mondiale était devenu un pilote privé détenteur d'une série de records aériens impressionnante, avant de s'engager dans l'Armée.

 C'est ainsi que le 24 septembre 1929, il réussira une grande première en effectuant le premier vol complet aux instruments. Doolittle est entré dans la légende pour avoir imaginé et conduit un raid sur le Japon avec des bombardiers B-25B Mitchell décollant du porte-avions USS Hornet (CV-8), chose inconcevable pour l'État-major japonais.

L'objectif de ce raid, voulu par le président américain, était double: démontrer aux Japonais qu'ils n'étaient pas à l'abri d'attaques aériennes des États-Unis tout en remontant le moral des Américains encore sous le choc de Pearl Harbor. Ce qui fut le cas. A la suite de ce raid, les Japonais bloqueront une partie de leur chasse pour assurer la défense du sanctuaire national en cas de bombardement. Voir le site des Doolittle Raiders. Tous les hommes sélectionnés pour cette mission étaient des volontaires. Voir également l'excellent site CV6.org consacré à l'USS Enterprise.

Le LTC James "Jimmy" Harold Doolittle - Photo USAF Army.

Le Hornet venait tout juste d'entrer en service en décembre lors de l'attaque sur Pearl Harbor. En janvier, de retour à Norfolk, deux B-25B Mitchell ont été mis sur le pont. Le 3 février 1942, Doolittle procédera aux premiers essais avec seulement deux membres d'équipage par avion. Doolittle ayant fait la preuve que le B25-B pouvait décoller d'un porte-avions sur 150 mètres seulement, 16 appareils du 17ème Groupe de Bombardement seront donc spécialement transformés à Minneapolis pour se voir adjoindre des réservoirs auxiliaires, dont un qui sera même placé à la place de la tourelle arrière, pour accroître de 500 nautiques leur rayon d'action. Chaque avion emportera 5 bombes de 500 livres... Une fois équipés, les B-25B furent envoyés en Floride à la Base aérienne d'Eglin (Eglin Army Air Corps Base) où a eu lieu l'entraînement de 24 équipages: 16 seulement y participeront, mais tous seront acheminés sur le Hornet.

L'USS Hornet en 1941 (Photo U.S. Naval Historical Center)

Ce raid sur le Japon, planifié en grand secret, était prévu pour le 18 avril 1942. L'USS Enterprise et l'USS Hornet s'approchent des côtes japonaises. Mais, l'escadre américaine ayant été repérée par un caboteur japonais qui a peut-être eu le temps de donner l'alerte avant d'être coulé par l'USS Nashville, le choix est entre passer les 16 B-25B par dessus bord pour libérer le pont pour les chasseurs, amenés à défendre cette flotte américaine qui se trouve à 600 milles des côtes japonaises, ou avancer l'opération. Ce qui fut décidé, avec pour conséquence, le risque d'être à court de carburant. Les 16 B-25B ont donc décollé du Hornet pour bombarder 4 grandes villes japonaises, dont la capitale, Tokyo. Si le bombardement a été un succès considérable, un porte-avions en cale sèche ayant même été atteint, le sort des 16 appareils et de ses 80 hommes d'équipage l'a été beaucoup moins. Sur les 15 B-25B en route vers la base chinoise de Chungking en Chine, aucun ne s'est posé intact. Arrivant de nuit, la plupart des appareils se sont abîmés en mer; deux hommes sont morts en nageant vers la côte, un autre a été tué en voulant porter secours; 4 furent blessés sérieusement au cours d'un amerrissage forcé. Deux B-25B se sont écrasés dans des territoires occupés par les Japonais et les 8 pilotes et membres d'équipages faits prisonniers: 3 d'entre eux seront fusillés six mois plus tard après un rapide procès. 1 autre mourra de malnutrition. Les 4 derniers seront torturés et emprisonnés avant d'être libérés par des membres de l'OSS en 1945. Ceux qui ont réussi à se regrouper en Chine se cacheront dans la montage dans des abris de fortune pour éviter les raids aériens sur les villages chinois voisins avant d'être évacués vers l'Inde. Doolittle passera directement de LTC  au grade de général. Le 16ème B-25B, le seul qui a réussi à atterrir indemne se posera près de Vladivostok en Russie, où son équipage sera détenu par les Soviétiques pendant 14 mois, avant de réussir à s'évader pour l'Iran.

Cette opération sera la première opération conjointe de l'U.S. Army Air Force et de l'U.S. Navy. 5 des "raiders" deviendront généraux. Voir le Mémo adressé au Général Henry H. "Hap" Arnold Commandant les forces aériennes de l'Armée des États-Unis qui aura été le premier à avoir l'idée de faire décoller un bombardier d'un porte-avions  lors d'un débarquement en Afrique du Nord. L'idée du raid de Tokyo utilisant un bombardier est venue de l'Amiral Francis S. Low, un sous-marinier, membre de l'équipe de l'Amiral Ernest S. King.

[15] "L'Opération Makin" visait à détruire la base d'avions amphibies japonaise de Tulagi qui coupait la route de l'Australie. Mac Arthur était contre, Nimitz pour. Après la bataille de Midway, cette région a été placée sous le commandement de l'Amiral Nimitz qui ordonna l'opération qui fut dévolue à la 1ère Division du Corps des Marines. Lire "From Makin to Bougainville: Marine Raiders in the Pacific War" par le Commandant Jon T Hoffman, USMCR.

[16] Port Moresby: Capitale de la Papouasie Nouvelle-Guinée. Port naturel découvert par le Capitaine de vaisseau britannique John Moresby en 1873. Occupée par les Britanniques en 1873, Port Moresby a été une base alliée importante au cours de la Deuxième Guerre Mondiale. Sa défense efficace contre les Japonais empêchera l'invasion du nord de l'Australie.

[17] Des SBD-3 Dauntless sur le pont d'envol du Yorktown photographiés pendant les opérations dans la Mer de Corail en avril 1942. La 5ème flottille de bombardement (VB-5) équipée de SBD-3 a ses insignes à l'avant, tandis que la 5ème flottille de reconnaissance les porte sur le bord de l'aile... Ces avions remporteront leurs premiers succès dans la bataille de la Mer de Corail où ils coulèrent le Shoho en 30 minutes. A Midway, un peu plus tard, ils couleront 4 porte-avions japonais. Photo: Courtoisie de l'U.S. Naval Institute (1984) diffusée par l'U.S. Naval Historical Center.

[18] Voir Battle of the Coral Sea, the first Aircraft battle sur l'excellent site Internet Carrier Battles in the Pacific - 1942.

[19] Alors que l'A5M "Claude" était expérimenté en Chine face aux I-15 et aux I-16 de fabrication russe, lorsque les Japonais eurent l'idée de lui prévoir un successeur encore plus puissant, capable de dépasser 500 Km/h à 4000 mètres d'altitude, grimpant à 3000 m en 3 minutes et demie et pouvant tenir l'air deux heures. Pensant trouver la solution en Allemagne, une mission japonaise s'est rendue à la fin de l'année à Marienehe et a vu le V9 de Heinkel. Très impressionnée, elle passa une commande ferme de 30 chasseurs Heinkel HE-112B rebaptisés A7e1, mais l'option pour 100 autres appareils fut abandonnée, les pilotes japonais ne le trouvant pas assez manoeuvrable à leur goût. L'avion servira donc à  l'entraînement. L'État-major décida de lancer alors un nouveau programme pour pallier les insuffisances de l'A5M, donnant à l'aviation japonaise une supériorité aérienne à ses adversaires potentiels et firent un prototype de l'A6M1-12-shi Kanjo Sentoki : (le chiffre "12" signifie en fait "1937", 1937 correspondant à l'ère Showa sous le règne de l'Empereur Hiri Hito) qui deviendra le légendaire Zéro. Mitsubishi construira 3879 de ces appareils et Nakajima 6215, soit 10.815 entre 1940 et 1945 si l'on ajoute quelques centaines de modèles particuliers construits par d'autres sociétés japonaises. Ce nom de "Zero" attribué au chasseur A6M "Reisen" Zero vient de Rei Shiki Kanjo Sentoki ("Chasseur de type Zero" - Zéro se prononçant Rei et signifiant "année 2600 de l'ère impériale japonaise", soit 1940, "Kanjo" voulant dire "embarqué sur porte-avions"). Le programme a été lancé sous la direction de Jiro Horikoshi. Le prototype a fait son premier vol le 1er avril 1939, avant d'être produit en série. Son long rayon d'action donnera pendant près de deux ans à l'aviation nippone un très net avantage stratégique par rapport à ses concurrents. Au prix d'une absence de blindage, notamment. Lorsque les Japonais seront forcés à la défensive par les contre-attaques américaines dans le Pacifique, malgré la mise en service du modèle A6M5, plus évolué, les pilotes japonais seront surpassés par la manoeuvrabilité et les capacités supérieures des avions américains plus modernes. Avant Pearl Harbor, les Japonais disposaient ainsi de 521 Zéro dont 328 de type A6M2. (Voir Japanese Army and Navy Aircraft and their Code Names).

Il était armé de 2 canons de 20mm, de deux mitrailleuses de 7,7. Cette splendide photo d'un Zéro A6M2 Modèle 21, entièrement restauré par Gerald Beck de Wahpeton (N.-D.) à qui l'on doit également un superbe Corsair a été prise par Douglas Anderson, Directeur des programmes du Musée de l'Air de Fargo, dans le Dakota du Nord. Plusieurs de ces avions se trouvent encore dans des musées, comme cet autre A6M2 Zéro de Mitsubishi au Musée national de l'USAF, mais la plupart ne sont pas en état de voler. Celui qui se trouve reproduit ici et qui se trouve au Musée de Fargo a été fabriqué en décembre 1942 et affecté un mois plus tard à une des flottilles de chasses embarquées du porte-avions Zuikaku. Son pilote Katsuma Shigemi a été abattu  le 4 février 1943 au dessus de l'île de Bougainville.

Les premiers Zéro utilisés pour des missions suicides étaient affectés au "groupe aérien 201" basé dans les Philippines, renforcé de volontaires du groupe 601 pour devenir les premiers Kamikaze (vent divin).

[20] Le Capitaine de Vaisseau Mitsuo Fuchida : Voir Midway (5) : La montée vers la guerre

[21] Site de Pearl Harbor.

Lire également du même auteur : dans la série "les leçons de la bataille de Midway":

  • Penser l'Océan avec Midway
  • Midway (13) : Commentaires généraux
  • Midway (12) : La bataille du 4 juin 1942
  • Midway (11) : Appareillages et transits des forces
  • Midway (10) : Le dispositif américain
  • Midway (9) : Le plan d’opération japonais
  • Midway (8) : Projets japonais après Pearl Harbor
  • Midway (7) : Les réactions américaines après Pearl Harbor
  • Midway (6) : Lacunes mises en évidence par Pearl Harbor et conséquences
  • Midway (5) : La montée vers la guerre
  • Midway (4) : La situation immédiate
  • Midway (3) : Le terrain
  • Midway (2) : Retour sur le passé: effet mémoire
  • Midway (1) : Une OPA hostile ratée
  • Dans la série "les leçons de l'Océan":

    Dans la série "analyse stratégique":


    Derniers articles

    The EU As a Security Provider : Hand in Hand With Partners
    Officials Expand Space-tracking Website
    DoD Registers Concern to China for Dangerous Intercept
    Carl Vinson Carrier Stricke Group Heads Out on Deployment
    A propos de décision…
    U.S. Airstrikes Attack ISIL Near Mosul Dam
    Islamic Terrorists Must be Defeated, Chairman Says
    CNO Releases Annual Navigation Plan
    CMSAF Discusses ‘Way Ahead’ for Airmen
    Work: Guam is Strategic Hub to Asia-Pacific Rebalance
    Face of Defense: USS Roosevelt Conducts UAV Testing
    Rogers: Cybercom Defending Networks, Nation
    Security of Mosul Dam Critical to Iraq’s Infrastructure
    USS Theodore Roosevelt Conducts Combined Manned, Unmanned Operations
    US Navy Joins with French Ally to Commemorate Liberation of Southern France
    Dempsey Favors Building Vietnamese Naval Capabilities
    Dempsey Building Trust in Vietnam Visit
    Speed Necessary for Iraq Assessments, DoD Spokesman Says
    Empreinte temporelle…
    The US And India Should Consider Expanding Our Trilateral Security Cooperation with Japan
    L’idéologie de Mediapart...
    Southern Command Kicks Off Panama Canal Defense Exercise
    Deputy Secretary Meets With President of Niger
    Hagel, Indian Leaders Discuss Deepening Cooperation
    Pentagon Spokesman Explains Objectives of Iraq Operations
    Officials Call ISIL Determined, Capable Foe
    U.S. Conducts Another Humanitarian Airdrop in Iraq
    Hagel Emphasizes Importance of Asia-Pacific Partnerships
    Rogers Lauds Retiring Defense Intelligence Agency Chief
    La Marine Nationale partout !
    Officials Identify Army Major General Killed in Afghanistan
    USS Vella Gulf Enters Black Sea
    Work: NDU Students Should Become ‘Strategic-level Leaders’
    Derniers paradoxes de la guerre contre la terreur…
    RIMPAC 2014 Concludes with Enhanced Cooperation among 22 Nations
    « Il n’y a de réussite qu’à partir de la vérité »
    Honneur aux premiers SAS parachutés en France occupée
    GWCSG Arrives in Sasebo for Goodwill Port Visit
    L’Honneur d'un général… Mediapart, journalisme de délation
    Locklear Briefs on Asia-Pacific, Partners, Security
    Le plan par étapes du président Poutine
    Department of Defense Press Briefing on the State of the Air Force
    James: Air Force Grapples With Congress to Fund Readiness
    Étrange « Nouvel Observateur »…
    U.S. Pacific Command Kicks Off Exercise Fortune Guard
    L’espionnage américain en Allemagne cible aussi la France !
    L'affaire Mayotte
    Northern Command Chief Explains Key Mission Areas
    Jacoby: Transnational Gangs Pose Regional Threat
    DIA Chief: Transparency Builds Public Trust





    Directeur de la publication : Joël-François Dumont
    Comité de rédaction : François d'Alançon, Jacques de Lestapis, Hugues Dumont, Richard Labévière, Pascal le Pautremat, Yannick de Prémorel.
    Correspondants à l'étranger : François de Vries (Bruxelles), Hans-Ulrich Helfer (Suisse), Michael Hellerforth (Allemagne).
    Comité militaire : VAE Guy Labouérie (2S), GAA François Mermet (2S), GB Henri Pinard Legry (2S), CF Patrice Théry (Asie).

    Contact