"Question(s) d'intelligence : le renseignement face au terrorisme" par Bruno Delamotte. Publié aux Éditions Michalon. Photo (©) Éditions Michalon.Renseignement: Un gouvernement (bien) renseigné en vaut deux. Mieux vaut donc disposer en matière de lutte antiterroriste de services compétents et encore faut-il que le politique sache tirer profit des informations transmises avant de prendre les bonnes décisions qui lui incombent. Dans nos démocraties occidentales, le renseignement est "un moyen et non une fin" comme le rappelle Bruno Delamotte dans son dernier livre: "Question(s) d'intelligence: le renseignement face au terrorisme", publié le 28 mai 2004 aux Éditions Michalon, un ouvrage dont on peut être sûr qu'il ne laissera pas les professionnels indifférents. Il y compare l'outil de renseignement français et l'utilisation qui en est faite avec les énormes moyens dont disposent les agences fédérales américaines. Bénédicte Suzan, Chargée de recherche à la Fondation Méditerranéenne d'Études Stratégiques et co-auteur de plusieurs études sur le contre-terrorisme en France et au niveau européen avec Jeremy Shapiro, directeur associé du Centre sur les États-Unis et l'Europe de la célèbre Brookings Institution nous en fait une lecture critique. Au même moment en Bavière, les experts de 15 pays se retrouvent au château de Wildbad Kreuth pour confronter leurs difficultés et leurs expériences dans ce domaine crucial pour rendre les réformes engagées plus pertinentes et le renseignement plus offensif à l'invitation de la Fondation Hanns-Seidel.

"Silence, l'ennemi guette vos confidences" : Affiche de Paul Colin. Photo E/S.Cinéma et politique: Les États-Unis ont remporté le 22 mai 2004 la palme d'or au 57ème festival de Cannes. Michael Moore a donc renouvelé l'exploit réalisé la dernière fois en 1956 par Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle en décrochant ce trophée pour leur film documentaire sur "le monde du silence". Le réalisateur américain avec son film "Fahrenheit 9/11" a maintenant acquis la certitude de pouvoir diffuser son film aux États-Unis. Mickey en censurant Michael Moore a fait de lui une victime doublée d'une célébrité. Quelle que soit la part de vérité dans ce film, il aura le mérite incontestable d'exposer certains liens inavouables entre le monde politique et celui des affaires, des liens troublants mêlant intérêts américains et saoudiens. Mais la volonté affichée d'en faire un "documentaire anti-Bush" et la présence aux côtés de Michael Moore de José Bové à Cannes, sans oublier certains membres américains du jury connus pour leur "engagement politique", nous condamnent à voir ce film documentaire avec des yeux critiques. La règle d'or veut que les faits et les commentaires doivent être séparés. D'autant que "la photo s'invite à la guerre", comme l'écrit François-Bernard Huyghe dans une tribune publiée dans Libération. "L'Amérique en est arrivée à ne plus contrôler l'image qu'elle veut donner d'elle-même". Avec le talent qu'on lui connaît, le directeur de l'Observatoire d’infostratégie explique qu'à cause "des télés satellitaires arabes, sur le Net ou du fait de ses propres médias, l'Amérique ne contrôle plus ce qui est visible, donc crédible dans le conflit. La preuve par l'image se retourne contre la société des images dans sa lutte pour le cœur et l'esprit des hommes ..."

"L'ennemi à l'ère numérique", par François-Bernard Huyghe, publié aux Presses Universitaires de France. Photo PUF (©)Guerre en Irak: Pour toutes ces raisons, le pays qui a inventé Hollywood est en train de perdre la guerre de l’information. Une guerre en Irak qui se déroule sur trois niveaux : militaire, médiatique et symbolique. On peut bien sûr réfléchir sur la guerre en général et sur celle d'Irak en particulier, mais la situation en Afghanistan est-elle plus brillante ? François-Bernard Huyghe se veut très pessimiste sur les raisons qui rendent à long terme cette Quatrième Guerre Mondiale ingagnable et une paix impensable. Cette fameuse GWOT (Global War on Terrorism) était censée à la fois faire disparaître ces fameuses Armes de Destruction Massives et rétablir la démocratie en Afghanistan et en Irak ! Pour cela, il fallait sans doute s'en donner les vrais moyens et le faire avec le plus grand nombre de pays possible.

Quand on fait appel à des apprentis sorciers, à des équipes de propagande ou à des cabinets spécialisés dans la "communication gouvernementale" qui se substituent aux services officiels au lieu de jouer une certaine transparence au pays de la démocratie, il faut s'attendre à ce que le soufflet retombe un jour, à Washington comme ce fut le cas à Londres. Le "wishful thinking" ne remplacera jamais les faits.   

François-Bernard Huyghe, Chercheur en Sciences de l'Information et de la Communication, professeur à HEC, au Celsa Paris IV, à l'École de guerre économique et auteur de nombreux livres de référence. Photo FBH (©)Manipulation: Et si l'on cherche une critique américaine sur le fond, qui, elle au moins, soit absente d'arrière-pensées politiques, pour expliquer les dix grandes erreurs commises en Irak, dont certaines sont d'autant inexcusables qu'elles étaient prévisibles, les propos tenus par le général Anthony Zinni le 12 mai 2004 constituent un véritable réquisitoire. Héros de la guerre du Vietnam, le successeur du général Schwarzkopf qui avait servi pendant un temps d'envoyé spécial au Proche-Orient a rompu avec l'administration Bush après le déclenchement de la guerre en Irak. Ce n'est certes pas la première fois qu'un officier général dit haut et fort ce qu'il pense, écoeuré de voir un tel "désastre". C'est en tout cas une première de voir un ancien chef du corps des Marines réclamer la tête de son ministre de tutelle et de son entourage. Dans un livre paru le 24 mai 2004, écrit avec Tom Clancy et Tony Koltz, l'ancien Commandant en Chef du Central Command de 1997 à 2000 précise à propos de ceux qui ont organisé et conduit cette guerre en Irak: "au minimum, j'y ai vu un vrai manquement au devoir, de la négligence et de l'irresponsabilité; au pire, du mensonge, de l'incompétence et de la corruption". François-Bernard Huyghe dans le Monde du 13 mai, posait cette question de fond: "comment l'hyperpuissance devient-elle l'hypercible?

La machine américaine à se faire des ennemis et la machine à ressentiment arabe et musulmane sont en phase. La première fournit à la seconde un territoire pour se battre, des griefs, des objectifs et des motifs pour recruter. La seconde offre à la première de quoi nourrir sa paranoïa: il faut en finir avec 'ceux qui haïssent la liberté'. Et le tout se nomme guerre perpétuelle.

"Irak, les armes introuvables", par Hans Blix. Publié aux Éditions Fayard. Photo Fayard.L'ambassadeur suédois Hans Blix, s'entretient avec Christian Malar, Rédacteur-en-Chef à France 3. Photo E/SArmes de déstruction masives: DM :Pour ce qui est des Armes de Destruction Massives, l'ambassadeur suédois Hans Blix, en bon diplomate, ne va pas jusqu'à dire que George Bush et que Tony Blair nous ont menti, mais qu'ils nous ont induit en erreur. La nuance a son importance. "Mentir signifierait qu'il l'auraient fait consciemment. Je n'ai pas de preuve pour dire cela. Là où je serai plus dur, c'est qu'ils n'ont pas exercé davantage de sens critique. S'ils avaient procédé de la sorte, ils auraient été plus prudents dans leurs propos."

De passage à Paris, le chef des inspecteurs en désarmement de l'ONU, qui publie un livre sur "les Armes introuvables" aux Éditions Fayard, n'a pas caché le fond de sa pensée à Christian Malar. La lecture du livre est en tout cas édifiante sur les intentions américaines d'intervenir en Irak, avec ou sans l'ONU.

 

"La Quatrième Guerre Mondiale" par François-Bernard Huyghe, publié aux Éditions du Rocher. Photo Éditions du Rocher (©)Un char américain dans Bagdad. Photo E/SLa 4ème Guerre Mondiale: Au fait, cette 4ème G.M. a-t-elle commencé le 11 septembre 2001? Jean-David Levitte dans un discours très remarqué à l'Elliot School of International Affairs de l'Université Georges Washington explique que les Français comprennent mal cette "guerre au terrorisme" et qu'ils préfèrent "faire la guerre aux terroristes". Là encore, la nuance est de taille et le choix des mots n'est jamais innocent. Les Américains ont donc lâché Ahmed Chalabi, naguère la coqueluche irakienne des néo-conservateurs. Ce banquier, qui fait l'objet de poursuites judiciaires en Jordanie, avait alimenté de violentes campagnes anti-françaises notamment avec ses relais à Washington, parmi lesquels, on comS.E. Jean-David Levitte, ambassadeur de France aux Etats-Unis. Photo Joël-François Dumont (©) European-Security.orgpte un quarteron de "plumitifs" dont le fonds de commerce était d'écrire des livres vantant "la trahison de la France". Des chaînes complaisantes, même si elles demeurent relativement confidentielles aux États-Unis, comme Fox News, les ont invités régulièrement en les présentant comme des "journalistes d'investigation". Trop c'est trop, après les sites orduriers anti-français, allemands, belges et canadiens qui ont proliféré ("Fuck the French.com" pour en citer un qui vient enfin de fermer ses portes) – au-delà d'une certaine obsession, il y a décidément une sous-culture américaine qui est tenace – Jean-David Levitte, ambassadeur de France aux États-Unis, après André Flahaut, ministre belge de la défense, a estimé à son tour devoir réagir et rappeler quelques vérités premières en s'exclamant: « Give France a Break », ce qui en langage non diplomatique pourrait se traduire par "lâchez nous un peu les baskets". "Today Baghdad, Tomorrow Paris" sur la tourelle d'un char américain laissait déjà présager des lendemains difficiles lors de l'invasion de l'Irak...

Le Premier Ministre britannique Tony Blair s'entretient à Paris avec Christian Malar, Rédacteur-en-Chef à France 3. Photo: E/S.Irak: Côté britannique, le Premier Ministre a su trouver les mots justes en présentant des excuses pour tout acte éventuellement répréhensible qui aurait été commis. Au cours d'une interview exclusive avec Christian Malar sur France 3, Tony Blair a dit avec conviction: «Nous sommes allés en Irak pour mettre un terme à ce genre d'abus, pas pour nous y livrer.»  Repris très largement dans le monde entier, cet entretien qui précédait de quelques jours la découverte d'un montage photographique scandaleux visant à discréditer des soldats britanniques et l'arrestation des quatre coupables a fait baisser la tension d'un cran. Mais la participation britannique en Irak et surtout l'alignement inconditionnel de George Bush sur Ariel Sharon sont loin de faire l'unanimité en Grande-Bretagne. C'est ainsi que 52 diplomates du Foreign Office à la retraite ont reproché le 26 avril 2004 à Tony Blair de s'être aligné sur les États-Unis pour une politique "vouée à l'échec" au Moyen Orient en demandant un "réexamen fondamental", ce qui n'est pas rien.

Une mise en garde qui intervient après une levée de boucliers d'une soixantaine de diplomates américains de haut rang, inquiets de la dérive en cours, critiquant une politique ostensiblement pro-israélienne qui non seulement ne sert pas les intérêts américains, mais discrédite les États-Unis dans le monde arabo-musulman, tout en desservant les intérêts israéliens.

Sir Jeremy Greenstock, ambassadeur et émissaire spécial en Irak de Grande-Bretagne s'entretient à Paris avec Christian Malar, Rédacteur-en-Chef à France 3. Photo: E/S.Qu'il s'agisse de l'Irak ou du Proche-Orient, Tony Blair est bien mal payé en retour pour le soutien sans faille qu'il a apporté à George Bush. Mais le gouvernement britannique a au moins la volonté de chercher rapidement en Irak une sortie de crise honorable, dans la mesure du possible. Sir Jeremy Greenstock, l'émissaire spécial britannique en Irak, de passage à Paris, a confié à Christian Malar qu'il ne se faisait guère d'illusions sur les chances de voir les échéances fixées fin juin par Washington respectées. Il faudra laisser, selon lui, plus de temps au temps pour stabiliser l'Irak.

Christian Malar, Rédacteur-en-Chef à France 3. Photo Joël-François Dumont (©) European-Security.orgLa nature a horreur du vide: Le président américain, en campagne électorale accumule les revers. Sa réélection ne semble plus assurée "dans un fauteuil". George W. Bush donne surtout l'impression, comme le dit Christian Malar, de n'avoir aucun plan précis pour sortir de la crise et stabiliser l'Irak. Son challenger démocrate ne fait pas mieux. La situation en Irak est militairement difficile sur place et elle est politiquement désastreuse à Washington et dans le monde après les révélations qui ont entaché l'honneur de l'US Army par la faute de quelques-uns. Ce mélange des genres, l'emploi de supplétifs sans véritable formation, l'emploi de mercenaires ou de forces plus ou moins spéciales n'est pas du goût des militaires professionnels qui ont, les premiers, alerté une hiérarchie dont le sommet a préféré ne rien entendre. La crédibilité du président et de son ministre de la défense est désormais sujette à caution. On voit mal à Istanbul au prochain sommet de l'OTAN décider la création d'une force dirigée par un général américain…Dans le monde arabe, l'incompréhension a fait place à un sentiment d'abandon.

Le président égyptien Hosmi Moubarak s'entretient avec Christian Malar, Rédacteur-en-Chef à France 3, à la Résidence Marigny. Photo Joël-François Dumont (©) European-Security.orgProche-orient: S.E. Monsieur Nassif Hitti, ambassadeur de la Ligue arabe à Paris, Club de la Presse franco-américain. Photo Joël-François Dumont (©) European-Security.orgComment éviter le chaos au Proche-Orient ? Le 19 avril, de passage à Paris, le président Hosni Moubarak tirait une nouvelle fois la sonnette d'alarme après le tête à tête d'Ariel Sharon avec George W. Bush. Le Roi de Jordanie en visite aux États-Unis reportait sa visite à la Maison-Blanche. La capture de Saddam Hussein n’aura pas contribué au règlement du conflit israélo-arabe. "Les bonnes idées ne manquent pas, mais elles ne sont jamais mises en pratique … Ce qui fait défaut, ce sont les mécanismes de garanties". L'ambassadeur de la Ligue arabe à Paris, Nassif Hitti, invité du Club de la Presse franco-américain relève deux paradoxes: d’un côté "trop d’immobilisme", de l’autre "trop d’actions hâtives". Une certitude pour cet homme de grande culture qui a son franc parler, le temps est l'ennemi de la paix. La détérioration de la situation pourrait en tout cas susciter l'émergence d'une troisième voie des pays du Sud, la voie du petit dragon, pour reprendre l'éditorial de Richard Labévière sur RFI. 

Terrorisme: De toutes les récentes dépositions devant la Commission nationale d'enquête sur le 11 septembre qui, pour certaines, sont édifiantes, une se détache du lot, celle de l'ambassadeur J. Cofer Black, ancien directeur à la CIA du Contre-terrorisme qui reconnaît que quels que soient les moyens mis à la disposition des services, le politique a aussi sa part de responsabilité et pose cette question: "la seule façon de lutter contre le terrorisme est de s'attaquer aux problèmes qui créent le terrorisme". Des propos qui  rappellent l'intervention  de Jacques Chirac à la tribune des Nations unies: Le terrorisme prend souvent pour prétexte les frustrations nées de conflits non résolus.

SAR le Prince Philippe d'Edinbourg, SAR la Reine Elizabeth II, le président et Madame Jacques Chirac sur le parvis de l'Élysée lors de la visite d'État organisée en France pour célébrer le centenaire de l'entente cordiale. Photo: F. de La Mure - M.A.E. 2004 (©)Le centenaire de l'Entente cordiale: La Reine Elizabeth II et le Duc d'Edinbourg se sont rendus en France pour célébrer le centenaire de l'entente cordiale. La France sait tout ce qu’elle doit au Royaume-Uni. Au-delà du discours officiel, et même des divergences, il est évident que ce qui unit la France et le Royaume Uni est plus important que ce qui les sépare. L'entente cordiale ou quand la sagesse l’emporte sur la passion, est un accord qui allait jeter les bases d'une alliance décisive. Après un siècle de relations franco-britanniques, parfois mouvementées, comme le reconnaît non sans humour le Secrétaire au Foreign Office, Jack Straw, nos accrochages les plus sérieux ont lieu sur les terrains de sport.

Abdelaziz Bouteflika, président de la République Algérienne s'entretient à Alger avec Christian Malar, Rédacteur-en-Chef à France 3. Photo: Télévision algérienne.Algérie: le président algérien Abdelaziz Bouteflika a été très confortablement réélu pour un second mandat de cinq ans. Après des années difficiles, l'Algérie est aujourd'hui sur la voie du redressement économique après avoir retrouvé la paix civile. Au cours d'un entretien exclusif, une semaine avant le premier tour de scrutin, le président Bouteflika s'est longuement entretenu avec Christian Malar en lui disant quelles seraient ses trois priorités s'il était réélu. Le président Chirac a tenu à se rendre à Alger au lendemain pour célébrer un partenariat d'exception avec Alger et réaffirmer clairement le choix d'une relation à la fois forte, ambitieuse et apaisée entre la France et l'Algérie.

Europe: Et l'Europe dans tout cela ? Le 1er mai dernier elle s'est agrandie comme prévue. Il lui reste maintenant à s'organiser sans oublier de penser à sa sécurité et à sa défense. Noëlle Lenoir a parfaitement rappelé à Washington le rôle moteur joué dans ce domaine par la France et par l'Allemagne. La Grande-Bretagne à son tour est consciente de la nécessité de renforcer la capacité européenne en matière de défense. D'où un certain optimisme affiché par le général d'armée Henri Bentégeat, Chef d’état-major des armées françaises qui s'exprimait lors du séminaire trilatéral de formation sur la sécurité et la défense européenne organisé par l' IHEDN le 22 avril 2004, l'Europe est une question d'âme. Dans le nouvel environnement, il distingue "trois facteurs dominants, trois secteurs d'inquiétude et trois raisons d'espérer". De son côté, le ministre français, Michèle Alliot-Marie a rappelé les trois ambitions que devait avoir l'Europe pour préserver sa défense: être à même de défendre ses citoyens, ses intérêts et ses valeurs, partout où cela est nécessaire; avoir une capacité autonome d'appréciation et d'action et ne pas être dépendants sur les plans stratégique et technologique. Alors, pourquoi ne pas réfléchir sur l'Europe de l'Espace et la coopération transatlantique comme l'a fait Didier Compard.

Philippe Carayon, Député du Tarn (UMP). Photo Assemblée Nationale.Intelligence économique: Mais pour ce qui concerne la défense économique de l'Europe, le constat change de nature. François Mitterrand disait que "l'Europe était en guerre avec l'Amérique et qu'elle ne le savait pas". L'Europe doit donc retrouver le goût de la conquête comme le suggère Bernard Carayon, auteur du rapport sur l'intelligence économique et faire mentir Valéry pour qui, déjà en 1931, "l’Europe n’aspirait à être gouvernée que par  une commission américaine". "L’histoire industrielle européenne est aussi faite de renoncements et de naïvetés politiques."…"La formation à l’intelligence économique ! Ici le pire côtoie le meilleur… Quelques esprits lucides, isolés, longtemps inaudibles, et puis beaucoup de charlatans au verbiage anglo-saxon, présentant des outils de veille concurrentielle comme une méthode révolutionnaire ! On a confondu en France la fin et les moyens". Espérons que la nomination d'Alain Juillet sera dans ce domaine une prise de conscience de l'État de ses responsabilités et une incitation européenne en la matière. On a vu comment certains fonds d'investissement américains fragilisaient l'Europe de la Défense, les enjeux sont considérables. Comme le rappelle fort justement Sorbas von Coester, il serait peut être temps pour l’Europe de redéfinir ses priorités en termes de technologies spatiales, de guerre info-centrée et d’Internet. Avant qu'il ne soit trop tard !

Le 25 janvier 2004, le général Colin L. Powell, Secrétaire d'Etat américain représente les Etats-Unis d'Amérique lors de la cérémonie d'investiture du président Mikheil Saakashvili. On le voit ici serrer la main de son fils Edouard aux côtés de sa mère, Mme Sandra Roelofs-Saakachvili. Photo ©  Ambassade des Etats-Unis à Tbilissi.Géorgie: Il y a encore seulement six mois, qui s'intéressait à la Géorgie ? Elle était dirigée par Shevardnadzé, celui que l'on appelait "le renard blanc", dernier ministre des Affaires étrangères de l'URSS, ancien ministre de l'Intérieur de Géorgie. Avec les membres de son clan, il s'était approprié et partagé le pays. Jusqu'au jour de novembre 2003 où "la révolution des roses" conduite par Mikhael Saakachvili, ministre de la justice en 2001, puis président du Conseil municipal de Tbilissi, avec pour programme d'éradiquer la corruption et de redonner à son pays une orientation européenne, a bouleversé la donne. Après des élections grossièrement truquées, Mikhael Saakachvili et ses partisans investissent par milliers le Parlement, la rose au poing. Le peuple descend dans la rue. Shevardnadzé doit se démettre de ses fonctions. De vraies élections ont lieu le 4 janvier 2004 sous contrôle international.

 

3 jours après sa prise de fonction et pour sa première visite officielle à l'étranger, le nouveau président de la République de Géorgie, Mikheil Saakashvili, a choisi de s'adresser à la tribune du Conseil de l'Europe à Strasbourg, le 28 janvier 2004. Photo © European-Security.orgLe charismatique Saakachvili l'emporte avec 96% des voix, à l'immense surprise des Russes et des Américains. Le 25, il prête serment, prend ses fonctions. En politique intérieure, sa priorité est de remettre le pays au travail. Commence la guerre aux groupes mafieux et aux voleurs, plusieurs anciens ministres ou hauts fonctionnaires sont arrêtés. Certains ont le choix, entre restituer les sommes volées ou croupir en prison. En politique étrangère, Mikhael Saakachvili entreprend dans la foulée une tournée diplomatique qui le conduira à Strasbourg, Berlin, Moscou, Washington, Bakou et Paris. En bon stratège, "Micha" a le sens du symbole et ignore la langue de bois. A Strasbourg, il démontrera la sincérité de son attachement à l'Europe

 Madame Sandra Roelofs-Saakachvili – Photo © European-Security.org

C'est là qu'il a connu son épouse Sandra Roelofs, "sa seule rivale dans le cœur de son peuple" comme l'a écrit Patrick Forestier dans Paris-Match. Une Néerlandaise de choc, qui a appris à connaître et aimer son pays d'adoption, pour qui, "la Géorgie doit encore apprendre la démocratie". Les partisans de Micha à l'étranger se comptent aussi par milliers au sein de la diaspora. A New York, à Londres comme à Paris. A ceux qui interrogent le jeune président géorgien pour savoir "pour qui il roule", Mikheil répond comme il l'a fait à Xavier Lambrechts sur TV5: "Je ne suis pas proaméricain, je ne suis pas prorusse, je suis pro-européen parce que je suis géorgien".

Qu'on se le dise. Et il le répètera à Berlin, aux Allemands qui auront accordé une aide d'urgence à son pays en plein hiver alors que les Russes avaient coupé l'électricité et le chauffage... A Washington, au président Bush, à New York au siège des Nations unies, à Moscou, au président Poutine et bien sûr à Paris où "le courant est passé" avec Jacques Chirac.

Le président Jacques Chirac reçoit à l'Elysée le nouveau président géorgien, Mikheil Saakashvili. Photo: F. de La Mure - M.A.E.2004 ©

La France, comme tous ses partenaires de l'Union européenne a promis à son tour d'être présente aux côtés de la Géorgie et de soutenir ses efforts pour la voir un jour prochain adhérer à part entière à l'Union européenne. En quittant Paris, Micha a demandé et obtenu de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin une faveur pour le moins inattendue. Que la France accepte de mettre à la disposition de la Géorgie son Ambassadeur à Tbilissi, Salomé Zourabichvili ! Il faut remonter au départ du général Milan Rastislav Stefanik pour Prague comme ministre de la guerre tchéco-slovaque pour trouver un tel exemple, sinon unique dans les annales diplomatiques, du moins exceptionnel...

Madame Salomé Zourabichvili, Ambassadeur de France en Géorgie accompagnant le président Saakachvili en visite officielle à Paris avant de devenir son ministre des Affaires étrangères. Photo © Joël-François Dumont.

Dix jours plus tard, celle que tout le monde appelle déjà Salomé, à Paris comme à Tbilissi, est déjà devenue "la vedette" du futur gouvernement qui devrait sortir des urnes au début du mois d'avril prochain, mais qui, compte tenu de la situation d'urgence, causée notamment par la crise adjare, a déjà été présentée au Parlement sortant et intronisée ministre des Affaires étrangères "faisant fonction".

Son premier discours officiel devant le corps diplomatique et devant les fonctionnaires de son ministère n'a pas étonné ceux qui la connaissent. La rupture totale avec le passé doit devenir une réalité. La Géorgie est un pays attachant où Européens et Américains, ensemble, peuvent travailler à faire de ce pays un modèle pour tout le Caucase.

Madame Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux Affaires européennes s'entretient avec le président géorgien, Mikheil Saakashvili au cours d'un dîner officiel au Quai d'Orsay. Photo: F. de La Mure - M.A.E.2004 ©C'est à la fois ce qui inquiète tous les potentats, dictateurs et autres chefs de guerre de l'ex-Union soviétique, mais sur le long terme, pour Moscou, c'est une politique qui devrait s'avérer payante. Georgi Mamoulia, ancien diplomate géorgien à Moscou, aujourd'hui universitaire et chercheur à Paris nous parle de ce désir d'Europe de la Géorgie et vient d'ouvrir le site Internet france-georgie.org pour informer tous ceux qui le souhaitent des réalités et de l'histoire d'un peuple qui, sans aucun doute, est un très ancien pays chrétien et qui a connu depuis l'invasion des bolcheviks toute la barbarie que l'on imagine, puis une indépendance retrouvée, mais confisquée par un apparatchik aujourd'hui déchu. Aujourd'hui, la Géorgie souhaite retrouver toute sa place dans le concert des nations européennes et jouer un rôle moteur dans le Caucase. Une occasion pour les Européens et les Russes de montrer que le développement économique allié à la lutte contre la criminalité organisée payent plus que les économies parallèles gérées par des mafias, contrôlées par des apparatchiks parasites; qu'elles génèrent à la fois le bien-être pour leur population et des échanges profitables pour toutes les parties, hormis, espérons-le, les malfrats !

Centre d'écoute de la DGSE de Domme (Dordogne, France). Photo Eric Jeannet © Toute reproduction strictement interdite.En matière de lutte contre le terrorisme un certain nombre de pays sont particulièrement actifs. C'est le cas de la France, dont les moyens ne visent pas à une surveillance systématique des communications dans le monde - il lui faudrait pour cela décupler ses effectifs - mais à cibler des réseaux et à traquer des adversaires identifiés et jugés potentiellement dangereux. La réputation des moyens techniques de la DGSE française font de ce service un des plus performants au monde. Le président Bush en personne leur a même rendu un hommage appuyé à plusieurs reprises. Pour la première fois, le centre d'écoutes de Domme en Dordogne a été ouvert à deux journalistes de France 3, Pierre Babey et Éric Jeannet. Ils ont pu assister en direct à l'interception de conversations téléphoniques émanant de terroristes répertoriés et de fax prouvant une violation flagrante de l'embargo sur les composants nucléaires. En matière de prolifération, l'Iran est sous très haute surveillance.

Bruno Delamotte invité d'Elise Lucet sur France 3 dans l'émission "Pièces à conviction" : Questions sur une guerre éclair, diffusée le 15 mai 2003. Photo  ©  European-Security.org Quand on n'a pas les moyens de sa politique, il faut se contenter d'avoir la politique de ses moyens. La France, pays allergique aux réformes doit néanmoins s'adapter aux exigences modernes. Trouver "le format" qui convient semble impossible dans ce pays, d'où les mécontentements catégoriels qui n'épargnent personne. Après les médecins, les gendarmes, sans oublier des pompiers en colère se heurtant aux forces de l'ordre. Contrairement à ce que beaucoup disent, la France n'a pas trop de fonctionnaires, seulement ceux-ci sont rarement là où ils devraient être et certains, comme les diplomates en poste à l'étranger bénéficient trop souvent d’avantages dignes d’un autre âge. Pourtant, ces fonctionnaires des Affaires étrangères n’ont pas hésité à descendre à leur tour dans la rue en menaçant de recommencer. Dans le Figaro, Bruno Delamotte analyse cette "misère diplomatique", qui est tout sauf une maladie diplomatique.

Pierre Casadebaig, directeur général pour la France de WorldSpace, présente ses récepteurs révolutionnaires qui mettent l'information, le divertissement et l'éducation à la portée de tous, où que l'on se trouve. Photo: European-Security.org ©En voyage à l'étranger, dans le désert ou en mer, avec WorldSpace vous pouvez désormais capter votre radio par satellite en qualité numérique et même beaucoup plus. Le premier service de diffusion audionumérique d'émissions d'information, d'éducation et de divertissement transmises directement par satellite constitue une révolution qui n'est pas seulement technologique. Les plus grandes radios internationales, des chaînes musicales sont disponibles gratuitement et même des programmes éducatifs co-produits avec l'UNESCO. L'objectif est de n'oublier personne, que l'on soit expatrié, dans des zones rurales très éloignées, que l'on soit riche ou pauvre. Sans Internet, vous pourrez même recevoir votre exemplaire du Monde, de la Tribune ou de l'Équipe à heure fixe. RFI, le Quai d'Orsay et l'armée américaine ont compris tout l'intérêt d'une petite radio aussi peu coûteuse que performante. Pierre Casadebaig nous présente WorldSpace en avant-première et ses petits récepteurs numériques qui devraient être commercialisés en début d'année prochaine déjà disponibles sur Internet. 

Bénédicte Suzan, Chargée de recherche à la Fondation Méditerranéenne d'Etudes Stratégiques. Photo: Bertrand Seux ©Les 2 et 3 décembre 2003 à Naples, le gouvernement français proposera de  relancer le "Processus euro-méditerranéen". Le Partenariat euro-méditerranéen marque le pas depuis la reprise de l’Intifada à l’automne 2000, et les prétentions américaines de remodeler le Proche-Orient ouvrent la boite de Pandore. Le constat que dresse Bénédicte Suzan, Chargée de recherche à la Fondation Méditerranéenne d'Études Stratégiques est alarmant. L'heure est donc bien choisie pour "redynamiser l’esprit de coopération euro-méditerranéen" comme elle le suggère. Il s'agit là d'une nécessité pour l'Europe. Il y va de sa propre sécurité. "La création d’une zone de paix et de prospérité partagée en Méditerranée en contrepoids de l’élargissement européen à l’Est" devrait mobiliser les pays d'Europe riverains de la Méditerranée, conscients que l'on peut difficilement ouvrir à l'Est et exclure au Sud en même temps. Interrompre ce dialogue euro-méditerranéen aurait inévitablement pour résultat de freiner davantage encore le développement économique de certains pays modérés, déjà menacés de l'intérieur  par la montée des intégrismes religieux et du terrorisme.

Amiral Guy Labouerie (Photo d'archive) European-Security.org ©"L'islamisme intégriste correspond à la fois à la marginalisation économique du monde arabo-musulman, alors même que c’est lui qui dispose avec le pétrole depuis cinquante ans des richesses les plus facilement exploitables; au désespoir des élites techniciennes face au blocage de leurs sociétés, entraînant une culture de l’échec à l’opposé de celle de 'l’échec apparent' propre aux christianismes qui implique examen, remise en cause et mouvement vers l’avant qui ont fait le succès de l’Occident au cours des siècles; enfin, à un nihilisme sacrificiel, provenant de l’écart entre l’affirmation d’être les seuls dépositaires de la 'vraie' révélation et la réalité matérielle misérable vécue par les populations, entraînant le mépris des non-croyants et celui de leurs propres vies". Ceci est parfaitement détaillé dans la dernière lettre de Nicolas Polystratu à John Smith que publie l'Amiral Guy Labouérie de l'Académie de Marine. ", Une grande majorité des nations dans le monde se cherche une identité, souvent introuvable par manque d’histoire, de mémoire, à cause des déchirements dus à la colonisation et à l’incapacité où nous nous sommes trouvés acculés, grâce à vous et à l’Union soviétique, de former des responsables de haut niveau pour prendre notre suite. L’application de la force ne suffit pas".

Dominique de Villepin, ministre français des Affaires étrangères s'entretient avec Christian Malar, rédacteur-en-chef à France 3. Photo European-Security.org ©Même sentiment développé devant le Club de la Presse franco-américain le 13 novembre 2003 à Paris par Dominique de Villepin. Après avoir présenté la vision française pour trouver une sortie de crise honorable en Irak impliquant la Communauté Internationale et l'ONU, le chef de la diplomatie française a une nouvelle fois tendu la main au gouvernement américain, avant de se confier à Christian Malar: "Nous ne pensons pas qu'il y ait de solutions purement sécuritaires ou purement militaires au drame irakien, nous pensons qu'il faut privilégier une approche politique en restaurant la souveraineté des Irakiens, en leur confiant la responsabilité de leur destin". L'homme a des convictions et son analyse de la situation est solide, sauf sur un point peut-être. Oui il faut agir vite, mais comment trouver une équipe qui puisse être légitimée à Bagdad après le discrédit constaté sur les Irakiens amenés sur place par Washington. C'est là que l'ONU a un véritable savoir-faire. Comme l'a rappelé Jacques Chirac à New York, il n'y a pas d'alternative aux Nations unies.

Le général Colin L. Powell, Secrétaire d'Etat américain, s'entretient à Bruxelles avec Christian Malar. Photo Tariq Nasri ©Le 18 novembre à Bruxelles, Colin Powell justifie l'intervention américaine en Irak et juge prématuré le plan d'urgence français visant à remettre "avant la fin de l'année" une administration qui serait reconnue comme légitime par les Iraquiens et parie plutôt pour juin prochain. Le ton ferme mais conciliant employé par le Secrétaire d'État américain au cours de l'entretien exclusif accordé à Christian Malar, contraste en tout cas avec l'attitude du chef du Pentagone pour qui la France doit être punie pour l'exemple. Il n'en démord pas. C'est ainsi que la plupart des rencontres de militaires français et américains de haut niveau prévues en novembre ont encore toutes ou presque été ajournées. De même, la France a été écartée du Foreign Comparative Testing Program visant à acquérir des matériels militaires produits par les pays amis et alliés des États-Unis qui ont fait leurs preuves. Au cours de la présentation des 27 programmes retenus sur 43 envisagés, le Lieutenant-colonel Reiner a publiquement justifié le 13 novembre dernier à Washington devant la presse cette éviction pour l'exercice 2004.  Associée à toute une série de brimades, cette attitude irresponsable pourrait bien un jour entraîner une réciprocité bien méritée. Ceux qui soutiennent les "neo-cons" qui prônent ouvertement cette mise à l'écart de la France et de l'Allemagne devraient y réfléchir à deux fois avant qu'il ne soit trop tard. Pour reprendre la formule de Michèle Alliot-Marie "les alliés, pour agir comme tels, doivent être traités comme tels"...

Hillary Rodham Clinton, Sénateur démocrate de l'Etat de New York répond aux questions de Christian Malar, rédacteur-en-chef à  France 3. Photo Joël-François Dumont ©Madame Laura Bush, première dame des Etats-Unis d'Amérique répond aux questions de Christian Malar. Photo European-Security.org ©Aux États-Unis, alors que certains Conservateurs s'interrogent sur les non-dits et sur le bien fondé de l'intervention militaire en Irak. Les démocrates de leur côté battent campagne en demandant des comptes après les faux grossiers présentés au nom des services secrets américains et britanniques et défendus par George Bush et par Tony Blair. Les attentats se multiplient: la Turquie n'est pas épargnée par des attentats d'une ampleur sans précédent. Les pays arabes modérés qui ont rejeté l'islamisme radical se préparent à la tourmente; l'Europe pendant ce temps est divisée comme toujours quand il s'agit d'affirmer ses responsabilités. Quel fiasco en perspective si cette situation devait perdurer ! Avec un langage simple, en donnant le sentiment de parler franc, Madame Madeleine Allbright, ancien Secrétaire d'Etat américain, répond aux questions de Christian Malar, rédacteur-en-chef à France 3. Photo European-Security.org ©trois ambassadrices de charme américaines ont séduit les Français.

Après le Sénateur de New York, Hillary Rodham Clinton, l'épouse du président Bill Clinton, le 2 juillet, ce fut la visite remarquée de Laura Bush à l'UNESCO: la première dame des États-Unis venait renouer le 1er octobre avec l'organisation  après 19 ans d'absence. Last but not least, Madeleine Allbright disait sa peine de voir l'image de son pays dans le monde ainsi mise à mal. Toutes les trois ont confié à Christian Malar leurs sentiments sur l'avenir des relations franco-américaines. Les femmes (américaines) seraient-elles plus diplomates que les hommes ?

11 septembre 2001: la Grande Guerre des Américains par Bruno Cabanes et Jean-marc Pitte. Publié aux Editions Armand Colin ©Le 11 Septembre a donné lieu à New York et à Washington, bien sûr, mais aussi un peu partout dans le monde à de nombreuses cérémonies du souvenir. Plusieurs colloques se sont tenus ce jour-là. Mais un livre a retenu notre attention: "11 Septembre: la Grande Guerre des Américains" publié aux Éditions Armand Colin. Un mardi 11 septembre 2001, l'Amérique est entrée en guerre pour longtemps.

La mobilisation s'est voulue "totale, symbolique et culturelle". L'embrigadement des esprits s'est fait autour de thèmes classiques: "culte des victimes, héroïsation des survivants, cérémonies du deuil et perspectives de reconstruction, définition d'un ennemi intérieur et extérieur"... Seule l'Union sacrée permettra au pays de sortir grandi de l'épreuve.

Le regard croisé que jettent un historien, Bruno Cabanes, auteur d'une thèse sur le retour des soldats français en 1918, et un journaliste, grand reporter de télévision qui a couvert ce tragique événement à New York pour France 3, Jean-Marc Pitte, éclaire d'un jour nouveau les motivations et les ressorts d'un peuple qui vit sa "Der des Der".

 

Général Milan Rastislav Stefanik. Photo European-Security.org ©Slovaquie: Les grands stratèges qui ont marqué ce siècle se comptent sur les doigts de la main. Le général Milan Rastislav Stefanik était  incontestablement l'un de ces hommes d'Etat visionnaires. Les manuels d'Histoire français ignorent pourtant jusqu'à son nom et dans les archives militaires françaises, on ne trouve même pas la photo de celui qui engagé comme caporal en 1914, à l'âge de 32 ans, deviendra trois ans plus tard général dans l'Armée française. Joël-François Dumont s'est rendu en Slovaquie pour retrouver des témoignages sur celui que les Slovaques considèrent comme le père fondateur de la Slovaquie moderne. Le général Stefanik fut le trait d'union entre la France et laLe Colonel de Lannurien. Archives des anciens du Bataillon Foch  © Tchéco-Slovaquie jusqu'à sa mort tragique, vraisemblablement victime d'un complot. Les postes slovaque et françaises ont eu l'excellente idée de publier le même jour un timbre pour honorer sa mémoire et rappeler l'exemple d'un homme qui avait une vision de l'Europe.

 

Et comment ne pas rendre à cette occasion un hommage au bataillon Foch et aux résistants franco-slovaques ! Une poignée d'officiers évadés des camps nazis et une centaine d'ouvriers déserteurs du STO devaient rejoindre le maquis pour harceler la 1ère division blindée de la Waffen SS en provoquant le soulèvement national slovaque. Leur héroïsme a écrit une l'une des plus belles pages de la Résistance dans cette région.

Le nom de Stefanik comme celui du Capitaine de Lannurien sont à jamais gravés dans la mémoire collective d'un peuple fier pour qui la France est synonyme de liberté et de fierté retrouvée.

Loïc Tribot La Spiere, Délégué général du CEPS. Photo: European-Security.org ©"L'Europe de la défense ne vise pas à la défense de l'Europe". Le Centre d'Étude et de Prospective Stratégique (CEPS) publie un rapport sur "l'Industrie européenne de l'armement, un acteur économique à la recherche de son marché" qui défraie la chronique. Le sondage réalisé par Ernst & Young est révélateur de l'état de l'état d'esprit des industriels du secteur européen de l'armement. 84% des personnes interrogées estiment ce marché en stagnation ou en régression. 43% pensent que le secteur aéronautique s'en sort mieux que les , autres. Une certitude: 94% considèrent que l'Union européenne peut répondre à leurs besoins spécifiques. Un constat aussi: la coopération transatlantique demeure un exercice à sens unique. Loïc Tribot la Spière, délégué général du CEPS, détaille les éléments de ce rapport qui décrit la vision stratégique des industriels.

Photo Joël-François Dumont © European-Security. Le Bourget le 14 juin 2003.
 
Pour fêter les 50 ans du Salon, le Concorde s'est posé pour la dernière fois majestueusement sur la piste du Bourget sous les applaudissements, au moment où le président Jacques Chirac achevait l'ouverture d'un salon marqué par une crise économique mondiale. Cette année, les drones et l’aéroportuaire sont à l’honneur. On voit ici le président de la République se faire présenter le dernier-né des drones français, le Sperwer, par Grégoire Olivier, président du directoire de la Sagem. Contrairement à toutes les rumeurs, les responsables du monde aéronautique et de l'espace d’outre-atlantique n'ont montré aucun signe de défection due à des tensions politiques comme le confirme Yves Bonnet, Commissaire général du Salon avant que Denis Boulet pour le Club de la Presse franco-américain et Pierre Sparaco pour Aviation Week n'en apportent l'exceptionnelle démonstration au Bourget en réunissant pour la première fois le 17 juin 2003, côte à côte, les grands patrons français et américains.
 
George W. Bush, président des Etats-Unis avec Christian Malar dans la bibliothèque de la Maison-Blanche le 29 mai 2003.
 
Avant de se rendre au sommet du G8 à Evian, le président George W. Bush a accordé le 29 mai 2003 un nouvel entretien exclusif à Christian Malar. Il faut aller de l'avant a t-il déclaré sur France 3. Il n'y aura "pas de sanction contre la France", mais sa déception demeure. George Bush rend toutefois un hommage appuyé à la qualité du renseignement français: "sur ce point, je veux féliciter la France qui nous a rejoint dans ce combat contre Al Qaida. Il fait bon travailler avec les services de renseignement français" dit-il. Le 4 juin, à Aqaba, le président des États-Unis présente son "rêve pour la paix" et explique sa vision au Proche-Orient devant le roi de Jordanie, et les Premiers ministres israélien et palestinien.
 
Professeur Dr. Reiner Huber, Directeur de la Faculté d'Informatique de la Bundeswehr à Munich
A Wildbad Kreuth en Bavière les 27 et 28 mai 2003, tandis que les experts de la Communauté du Renseignement se penchent sur la "guerre préventive", modélisée par Reiner Huber, directeur de la Faculté d'Informatique de la Bundeswehr, Françoise Thom, préfère elle parler de "capitulation préventive". Dans un réquisitoire très argumenté contre la diplomatie française, elle estime que la politique anti-américaine de la France obtient finalement les résultats inverses de ceux qu'elle cherche à obtenir. Son article, dont de larges extraits ont été publiés dans le Figaro du 6 mai, est repris ici en anglais dans sa version intégrale. Il est toutefois précédé d'une introduction destinée à tous ceux Outre-Atlantique qui penseraient y trouver un quelconque encouragement pour nourrir une argumentation anti-européenne ou une francophobie malsaine comme on a pu en juger sur certains sites Internet. En Amérique également, l'idéologie néo-conservatrice aurait, elle aussi, cette curieuse propension à faire produire son contraire.
 
 
Françoise Thom, Soviétologue, écrivain et professeur à la Sorbonne (histoire des relations internationales et de la guerre froide)François-Bernard Huyghe démontre également comment Washington, en prétendant vouloir imposer le modèle "occidental" en Irak réussirait plutôt à y exporter le modèle du Western. Les Français ont su faire la différence entre le peuple américain et leurs dirigeants lorsque leurs diplomaties se sont affrontées au Conseil de Sécurité de l'ONU. La violence de certains écrits Outre-Manche et Outre-Atlantique les a choqués. Quant aux fameuses "preuves" avancées par les Anglais et les Américains devant l'ONU, émanant soi-disant de leurs "services secrets" - en fait d'officines parfaitement identifiées -, plus les jours passent, plus le sentiment d'une grossière manipulation politique se fait jour quand elle n'est pas ouvertement et fièrement justifiée pour les besoins d'une cause - mais laquelle ? - par le sous-secrétaire d'État à la défense américain, M. Wolfowitz en personne. Sur ce site, nous avons pour habitude de nous abstenir de toute polémique. Mais la critique argumentée de la politique ou de la diplomatie d'un pays, fut-il à nos yeux un modèle à bien des égards, nous paraît indispensable.
 
 
Colin L. Powell, Secrétaire d'Etat, au Club de la Presse franco-américain. Paris le 22 mai 2003. Photo. Joël-François Dumont
Le 22 mai 2003 à Paris, préparant le prochain sommet du G-8 à Evian, les ministres des Affaires étrangères décident de renforcer leur coopération dans leur lutte contre le terrorisme et la drogue. Comme l'écrit Hans-Ulrich Helfer, Terrorisme et Criminalité Organisée articulent désormais leurs réseaux. Le général Colin Powell retrouve Dominique de Villepin avant d'être l'hôte du Club de la Presse franco-américain qui fête son premier anniversaire, dans la salle même où un autre général célèbre, le marquis de Lafayette s'était entretenu avec la Reine Marie-Antoinette à son retour d'Amérique. Le Secrétaire d'Etat parle à cœur ouvert et sans texte, répondant aux questions de Jim Bittermann, de Christian Malar et de la presse internationale.
 
 
'Le grand bazar': Pendant la croisade, les affaires continuent. Par Bernard Brigouleix et Bruno Delamotte publié aux Editions Michalon.
 
Entre Paris et Washington, les relations ne sont certes pas bonnes, mais contrairement aux rumeurs qui parlent de boycott des entreprises françaises, les affaires continuent. Dans "le grand bazar" du Monde, publié aux Éditions Michalon par Bernard Brigouleix et Bruno Delamotte, les auteurs démontent des mécanismes qui permettent de comprendre les enjeux planétaires qui se font sous nos yeux. Ils nous livrent des révélations inédites sur les combats qui se livrent dans l'ombre contre les grandes entreprises européennes. Spécialiste de géostratégie, conseiller de grands groupes français, Bruno Delamotte dit aussi qu'il ne faut pas davantage baisser les bras en pleurant:«C'est la faute des Américains». Dans un article récent, "Qui a dit boycott ?" il brosse avec lucidité et humour les trois profils types de ceux qui craignent le plus ce fameux boycott: le réaliste froid, le craintif irraisonné et l'opportuniste...
 
Gerhard Schröder, Guy Verhofstadt, Jacques Chirac et Jean-Claude Juncker au Palais d'Egmont le 29 avril 2003 à Bruxelles. Photo Bundesbildestelle, Berlin.
Le 29 avril, la Belgique, le Luxembourg, l'Allemagne et la France tiennent un "mini-sommet" à Bruxelles pour tenter de relancer l'Europe de la défense déclarent les pays participants qui proposent d'introduire le concept d'Union européenne de sécurité et de défense (UESD). Concrètement, la réunion servira au moins à sauver l'A-400M après que le président de la SNECMA eut rappelé dans les colonnes du Monde les hauteurs de l'enjeu. Pour la première fois, les industriels et les politiques étaient au grand rendez-vous de cette Europe de la défense dont on parle tant avec le lancement d'un programme militaire fédérateur.
 
Général Jean-Pierre Guiochon. Photo: Archives European-SecurityLa guerre en Irak aura duré moins d'un mois: on avait prédit Stalingrad, ce fut l'effondrement d'une armée présentée comme l'une des plus puissantes du Monde. En attendant de savoir ce qui s'est réellement passé, on peut néanmoins tirer les premières leçons de la campagne anglo-américaine comme l'a fait le général Jean-Pierre Guiochon (CR).  "L'enseignement significatif réside plus dans la confirmation du formidable multiplicateur de puissance et de flexibilité que constitue la boucle très courte de la chaîne d'informations opérationnelles reliant les différents capteurs et les moyens de traitement puis de frappe des objectifs décelés, et dans laquelle les drones ont encore joué un rôle déterminant. Les nouvelles capacités de réactivité offertes par les systèmes numérisés d'information, de commandement et de renseignement vont conduire à assouplir de manière significative les contraintes et les règles de la planification opérationnelle pratiquée encore actuellement. Ceci pourrait modifier à terme le processus de travail des états-majors et faire évoluer l'approche conceptuelle de la conduite des opérations." La guerre restera toujours un drame effrayant et la conséquence de l'échec de la politique comme le rappelle l'Amiral Guy Labouérie.
 

Richard Perle, Conseiller du ministre américain de la défense Donald Rumsfeld Photo: Misa & Kerry RossettiL'heure est venue pour l'Europe et pour les États-Unis de trouver des solutions pour améliorer le sort des Irakiens, dont le pays est menacé de chaos. Certes tous les problèmes n'ont pas besoin de solution militaire comme le dit justement Colin Powell à Christian Malar qui a rencontré également la plupart des responsables politiques américains. Le chef de file des "faucons", Richard Perle, notamment, pour qui un fossé sépare la vieille Europe du club dont le France est désormais "exclue". Pour l'auteur de "l'Ennemi à l'ère numérique", François-Bernard Huyghe, "La guerre en Irak était censée empêcher le chaos (la menace saddamique) elle déchaîne l'anarchie. Elle était supposée assurer la défense commune des démocraties occidentales, elle a divisé l'Europe et séparé les alliés. Elle devait pacifier la région, nous voyons déjà les futurs conflits qui se préparent. Elle était destinée à éradiquer le terrorisme, elle lui fournit des arguments et sans doute des recrues". Faire la guerre est une chose, faire la paix en est une autre, il n'y a pas de doute. On le voit en Irak comme on continue de le voir en Afghanistan. Quant au plan américain visant à remodeler le Proche-Orient imaginé par d'anciens conseillers de M. Netanyahu qui se trouvent aujourd'hui dans l'entourage de M. Rumsfeld, on peut comprendre qu'il laisse de nombreuses diplomaties perplexes sur ses chances de déboucher sur un plan de paix véritable. Devant le Conseil de Sécurité des Nations unies, Dominique de Villepin souligne que "le choix est bien entre deux visions du monde". 

 
Condoleeza Rice, Conseiller du président Bush pour les Affaires de Sécurité nationale s'entretient à la Maison-Blanche avec Christian Malar. Washington, le 31 janvier 2003 (Photo Misa Rossetti).
Au cours de sommets de crise à Bruxelles, l’Alliance atlantique et l’Union européenne laissent éclater leurs divisions. D’un côté, il y a ceux qui soutiennent une guerre préventive contre l'Irak, avec ou sans l’aval de l’ONU. De l’autre, ceux qui considèrent qu’un tel précédent, contraire au Droit international, ouvrirait la voie à l’aventure et aurait inévitablement des conséquences désastreuses au Proche-Orient, sans pour autant apporter de solution pour des pays menaçants comme la Corée du Nord. Les "preuves" de liens irréfutables entre Al Qaida et l’Irak présentées à Londres le 4 février par Tony Blair à la Chambre des Communes et reprises le lendemain à New York, au Conseil de Sécurité par Colin Powell devant un milliard de téléspectateurs, s’avèrent être un vulgaire plagiat. Un tel procédé indigne marque t-il le début de la fin pour Tony Blair comme le pensent des chroniqueurs de la BBC ? Le 5 toujours, Dominique de Villepin prend à témoin la Communauté internationale: En quoi la nature et l’ampleur de la menace justifient-elles le recours à la force ?
 
 
Christian Malar accueilli au Kremlin par Vladimir Poutine le 6 février 2003 (Photo Service de Presse du Kremlin).
Christian Malar s’est entretenu tour à tour avec les grands acteurs d’un drame qui se déroule sous nos yeux comme un cauchemar. A Alger, le 17 décembre 2002, avec Dominique de Villepin qui déclare déjà qu’il faut tout faire pour que le recours à la force ne puisse être qu'un dernier recours… A la Maison-Blanche ensuite, le 31 janvier, avec Condoleeza Rice qui estime qu’on ne peut pas prendre le risque de ne pas agir. A New York encore, le 5 février, au siège des Nations unies, pour entendre le plaidoyer de Colin Powell avant un passage au Touquet au sommet franco-britannique! Au Kremlin enfin, le 6 février, avec le président Vladimir Poutine qui met en garde solennellement Washington à la veille de sa visite à Paris en affirmant qu’une action unilatérale serait une grande erreur.
 
 
Dominique de Villepin, ministre français des Affaires étrangères pendant son discours au Conseil de Sécurité des Nations-Unies. New-York le 14 février 2003 (Photo E-S).
Le 14 février, jour de la Saint-Valentin, le monde entier a les yeux rivés sur les deux rapporteurs de l’ONU. Le suédois Hans Blix continue de vouloir désarmer l’Irak avec l’égyptien Mohamed El Baradei, chargé des vérifications nucléaires. Tous deux réclament "plus de temps" pour les inspecteurs-vérificateurs de l’ONU et enjoignent Bagdad à coopérer pleinement. Le discours très attendu du chef de la diplomatie française est applaudi au Conseil de sécurité, soutenu par l’Allemagne, la Belgique, mais aussi par la Russie et par la Chine et une très large majorité de pays, faisant pencher la balance en accordant une ultime chance à Bagdad. Cette guerre annoncée pour remplacer Saddam Hussein (par qui ?) fait descendre dix millions de personnes dans la rue. Les opinions publiques se mobilisent, particulièrement à Londres, Rome et Madrid.
 
 
Couverture de Time. Numéro daté du 18 février 2003 (Photo European-Security).
Les trois prochaines semaines seront cruciales. Qu’adviendra t-il alors des relations entre l’Europe et les États-Unis, entre Paris et Washington, après cette crise? "La France n’est pas pacifiste" comme le dit Jacques Chirac à Time Magazine pour calmer les esprits Outre-Atlantique dont les commentaires sont parfois d'un goût douteux… Sur les relations et les non-dits entre la France et les États-Unis, rien ne vaut la lecture de cette "lettre d'un ami américain à Nicolas Polystratu à propos de l'Irak et autres lieux" qui éclaire les habitudes et les visées mondiales du vieil Oncle Sam. L’Amiral Labouérie de l’académie de Marine fait preuve d’une lucidité qui devrait ouvrir les yeux de ceux qui "cherchent à comprendre les arrière-pensées d’un géant qui entend décider du bien et du mal dans le Monde entier en fonction de ses intérêts - pétroliers entre autres - tout en ne s’embarrassant pas de complexes et pour qui de bons alliés ne sont que des bénis oui-oui" pour reprendre le propos d’un diplomate allemand…
 
Comme l'écrit l'académicien Jean-François Deniau dans le Figaro: "Certains d'entre nous n'ont pas cessé de s'interroger sur les méthodes, les objectifs et les conséquences d'une guerre annoncée"? Et certains d'entre nous aussi clairement ne souhaitent pas non plus un précédent où il soit admis que l'Europe doit se taire si ce n'est pour approuver, consacrant sinon une vassalité, du moins l'interdiction du droit à la différence. A quoi bon réclamer que l'Europe parle d'une seule voix, si c'est pour à quinze ou à vingt-cinq ne rien dire" ? (Le Figaro du 18 février 2003).
 
 
Dominique de Villepin, ministre français des Affaires étrangères. Photo: Gilles Barbier.
Irak: "Il n'y a pas de fatalité à la guerre… il faut tout faire pour que le recours à la force ne puisse être qu'un dernier recours"… En déplacement à Alger les 16 et 17 décembre 2002 "pour poursuivre et approfondir la dynamique de refondation de la relation franco-algérienne en cours", le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, s'est entretenu avec Christian Malar dans le jardin de l’Institut "Alexandre Dumas". Extrait de cet entretien exclusif diffusé dans le Soir 3 du 18 décembre 2002. Photo: Gilles Barbier, France 3.
 
 
Le Président du Mexique Vicente Fox Quesada s'entretient avec Christian Malar
France-Mexique: En visite officielle à Paris, le Président Vicente Fox Quesada a appelé les principaux responsables économiques à investir au Mexique, 9ème puissance économique mondiale, après avoir dressé un bilan des échanges commerciaux entre son pays, l'Europe et la France devant la presse française. Sur le plan politique, M. Fox, qui a eu le privilège de s'adresser aux députés à la tribune de l'Assemblée Nationale, a confirmé, coté mexicain, "la parfaite identité de vues entre les deux pays" qui a été très remarquée à l'ONU ouvrant la voie d'une résolution sur l'Irak adoptée à l'unanimité du Conseil de Sécurité. Une visite qualifiée d'importante à la veille de la courte escale de M. Blix à Paris, en route pour Bagdad. Le Mexique entend désormais jouer dans la cour des grands sur la scène internationale. Le président Fox l'a confirmé à Christian Malar, rédacteur-en-Chef de France 3 au cours d'un entretien exclusif à la résidence Marigny. Paris le 15 novembre 2002.
 
 
Le général Peter Pace, major-général des armées US
Les leçons de l'Afghanistan: Qui aurait imaginé il y a seulement deux ans une unité des Forces Spéciales américaines, équipée de désignateurs-laser, poursuivant les hordes d'Al Qaida à cheval dans les montagnes d'Afghanistan ? Les leçons de cette guerre sont encore loin d'être toutes tirées. Linda D. Kozaryn a recueilli pour l'AFPS le témoignage du général des Marines, Peter Pace, un des plus brillants officiers généraux de sa génération. Après 35 années passées sous l'uniforme, le général parle des changements qui se sont opérés dans les mentalités et de certaines "évolutions" que les attentats du 11 septembre ont provoquées au sein du Haut Commandement américain qui préfère le mot de "transformation" à celui de révolution..
 
 
Le général Jean-Patrick Gaviard, sous-chef d'état-major “Opérations” à l'état-major des Armées
Le 11 septembre 2002: La France est en guerre contre le terrorisme, mais elle ne le sait toujours pas… Il aura fallu attendre ce 11 septembre 2002 pour entendre (enfin) au Sénat le général Jean-Patrick Gaviard révéler l'effort de guerre français en Afghanistan, auquel les États-Unis ont rendu un hommage appuyé. Le terrorisme n'est pas un problème de sécurité intérieure comme le rappelle le Sénateur Vinçon pour qui le moment est venu pour les Français de "cesser de s'auto-flageller". C'est le jour que choisit le ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, pour présenter son projet de "Loi de programmation militaire 2003-2008", avant d'énoncer les trois priorités du gouvernement français pour restaurer l'effort de défense promis par Jacques Chirac. Le 30 septembre; le détachement aérien français qui opérait depuis le Kirghizistan est de retour à la B.A. 133 de Nancy-Ochey. Le chef d'état-major de l'armée de l'air, le général Richard Wolsztynski, dresse un premier bilan de l'Opération Héraclès devant le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, qui réaffirme la volonté de son gouvernement de mobiliser les Français contre le terrorisme. Devant les auditeurs de la 55ème session de l'IHEDN le 14 octobre à Paris, M. Raffarin constate que nos frontières de sécurité et nos frontières géographiques ne coïncident plus. Par conséquent, "La lutte contre le terrorisme doit revêtir une dimension globale".
 
Michèle Alliot-Marie, ministre français de la défense
"L'Amérique a besoin de l'Europe comme l'Europe a besoin de l'Amérique". Pour sa première visite officielle à Washington le 17 octobre, le ministre français de la défense a prononcé un discours en anglais devant la National Defense University. Être depuis 225 ans les meilleurs alliés du monde et à avoir le droit d'avoir et d'exprimer parfois des divergences de vues n'est pas incompatible. Selon Michèle Alliot-Marie, la France a apporté une contribution majeure à la lutte contre le terrorisme, "Croire que ce terrorisme ne s'en prendra qu'aux États-Unis en raison de leur superpuissance est une grave erreur". Michèle Alliot-Marie a rappelé en outre que la France constitue pour les terroristes "une double cible: en tant que pays occidental, bien sûr, mais aussi parce qu'elle est un allié majeur des États-Unis dans cette lutte. Les menaces terroristes de destructions massives nous obligent à nous mobiliser dans une guerre de longue haleine…. Au cours des questions-réponses, le ministre a montré qu'elle avait son franc-parler et qu'elle maniait également l'humour… "La France va t'elle réintégrer l'OTAN ? Non, mais la France, elle, prend une large part aux opérations de l'OTAN alors que d'autres pays intégrés dans l'OTAN, eux, n'y participent jamais : What do you prefer ?" …
 
 
Le président Hosni Moubarak discute avec Christian Malar à la résidence Marigny
Le Proche-Orient court au désastre: En visite officielle à Paris, le président égyptien ne cache pas sa déception: cela fait dix ans qu'il réclame la tenue d'une conférence internationale sur le terrorisme, sans succès. Pour Mohamed Hosni Moubarak, une intervention américaine en Irak pourrait être la goutte d'eau qui ferait déborder le vase. L'opinion publique arabe, y compris dans les pays réputés modérés, est excédée de voir l'Amérique soutenir unilatéralement le gouvernement de M. Sharon. La France apprécie, et elle le dit, les positions sages et l'influence modératrice que des pays comme l'Égypte ou la Jordanie exercent au Proche-Orient pour trouver une issue à la crise actuelle. Il faut tout faire pour éviter un véritable désastre dans la région. Hosni Moubarak s'est confié à Christian Malar, rédacteur en Chef à France 3 qu'il a reçu à la résidence Marigny le 25 juillet 2002 (Photo European-Security).
 
Hans-Ulrich Helfer: directeur de Presdok S.A., expert dans le domaine du Renseignement et conseiller pour la sécurité de groupes suisses. Membre du groupe de travail <em>Criminologie</em> de la Confédération Helvétique.
Une Guerre mondiale qui ignore les frontières: Les attaques de sang-froid lancées contre les tours du World Trade Center à New York qui ont fait 3.000 victimes, l'attaque de Louxor où 35 touristes suisses ont été massacrés, l'attentat au gaz sarin perpétré dans le métro de Tokyo par une secte japonaise qui a intoxiqué 5.000 personnes ou encore le suicide collectif organisé par la secte du Temple solaire qui a fait une cinquantaine de victimes toutes originaires de Suisse, constituent autant d'exemples qui démontrent que la menace terroriste peut revêtir des formes extrêmement variées et que chaque pays est concerné. Analyse d'un expert suisse renommé, Hans-Ulrich Helfer, membre du groupe de travail suisse "Criminologie", dont les prédictions de 1997 sur "le Terrorisme High-Tech" se sont hélas vérifiées le 11 septembre dernier. (Zurich, le 28 juin 2002).
 
 
Le Capitaine de Vaisseau Dave 'Roy' Rogers de l'U.S. Navy, dirige le programme de Drones interarmées.
Drones: Les enseignements de l'Afghanistan: Le Capitaine de Vaisseau Dave "Roy" Rogers de l'U.S. Navy dirige le programme américain de drones interarmées. Il commande également la prestigieuse base de Fallon dans le Nevada où s'entraînent les meilleurs pilotes de l'Aéronavale des États-Unis, "Top Gun". Au cours de la Conférence Euro UVS 2002, il a tiré les enseignements de la guerre d'Afghanistan où, pour la première fois des drones Predator armés et des Global Hawks ont été engagés au combat. Les États-Unis comptent multiplier par trois au cours des prochains mois leur dotation en drones et équiper certains d'entre eux de missiles. Lors de la Conférence internationale "Euro UVS 2002", il a accordé un entretien à European- Security. (Paris, Centre Équinoxe, le 14 juin 2002).
 
 
S.A.R. Abdallah II, roi de Jordanie photographié à Paris à l'hôtel George V à l'issue de l'entretien qu'il a accordé à Christian Malar, rédacteur-en-chef à France 3. Photo Joël-François Dumont.
Le processus de paix est loin d'être mort: Les responsables du monde arabe ne cachent plus leur déception de voir les États-Unis renouveler leur soutien au gouvernement d'Ariel Sharon dans la crise du Proche-Orient. Au cours d'une tournée européenne, le roi de Jordanie, S.A.R. Abdallah II s'est déclaré convaincu que la paix était possible. Après une visite à l'état-major de l'OTAN et au siège de l'Union européenne à Bruxelles (Belgique), le souverain hachémite a fait une brève escale à Paris avant de se rendre au Parlement européen de Strasbourg pour y prononcer un important discours. Devant les eurodéputés, le roi Abdallah a invité les Européens à s'impliquer davantage dans la recherche d'une solution de paix dans la région. Au cours de cette tournée européenne qui devait s'achever par une étape à Londres, le roi a accordé un entretien exclusif à Christian Malar, rédacteur-en-chef à France 3 et éditorialiste de politique étrangère. (Hôtel George V, Paris le 12 juin 2002).
 
  
Le président George W. Bush photographié dans la salle des cartes de la Maison-Blanche à l'issue de l'entretien qu'il a accordé à Christian Malard, éditorialiste de politique étrangère et Rédacteur-en-Chef à France 3 le 21 mai 2002. Photo: Tina Hager © Service photo de la Maison-Blanche.
"Je crois qu'il existe un axe du mal": A la veille de son départ pour une tournée en Europe de six jours, le président des États-Unis d'Amérique a accordé un entretien exclusif à Christian Malar, éditorialiste de politique étrangère et Rédacteur-en-Chef à France 3 dans la salle des cartes de la Maison-Blanche. Après une étape à Berlin et la signature à Moscou d'un accord de désarmement avec la Russie, George W. Bush rencontrera le président Jacques Chirac à Paris et ira sur les plages du débarquement en Normandie pour rendre hommage aux soldats américains tués lors de l'invasion alliée. Au cours de cet entretien, le président Bush a parlé de l'omniprésence de la menace terroriste et a réaffirmé qu'il croyait dans "un axe du Mal". Il a souligné la nécessité d'instaurer une paix durable au Proche et Moyen-orient, et a tenté d'apaiser les craintes européennes concernant un "unilatéralisme" américain. Washington D.C., le 21 mai 2002. Photo Tina Hager © (Service photo de la Maison-Blanche).
 
Sécurité: A Paris, Nicolas Sarkozy, le nouveau ministre français de la sécurité intérieure, a défini sa mission en prenant ses nouvelles fonctions place Beauvau en ces termes: "la sécurité, cela veut dire que la peur change de côté et qu'elle n'est pas du côté de l'immense majorité des Français qui veulent vivre tranquillement. C'est la politique de l'impunité zéro et c'est la mise en place des groupes régionaux d'intervention composés de magistrats, de policiers, de douaniers, d'agents du fisc, qui rétablira l'État de droit dans des quartiers qui aujourd'hui sont mis en coupe réglée par de véritables mafias" (France 3, le 7 mai 2002). Correspondance de François de Vries.

 

 
Françoise Thom, écrivain, maître de conférence à l'Université Paris IV Sorbonne est spécialiste de l'URSS et du Communisme et du post-Communisme.
La Russie de Vladimir Poutine: L'image de Vladimir Poutine depuis sa prise de fonction il y a deux ans a changé radicalement dans la presse russe et occidentale, grâce aux efforts déployés par le département de la propagande du Kremlin. Quels sont les véritables changements opérés aujourd'hui en Russie ? Quelles sont les conséquences des réformes politiques entreprises par le président Poutine ? Le tournant pro-occidental de la diplomatie russe signifie-t-il un abandon des objectifs traditionnels de la politique étrangère soviétique et post-soviétique ? Autant de questions cruciales auxquelles Françoise Thom, écrivain, maître de conférence à l'Université Paris IV Sorbonne et spécialiste de l'URSS, du Communisme et du post-Communisme, a tenté de répondre lors de la conférence sur "les défis posés à la civilisation occidentale et l'avenir de l'OTAN" qui s'est tenue en République tchèque au monastère d'Emmaüs (Prague, le 26 avril 2002).
 
S.A.R. le prince Al Fayçal
Le Moyen-Orient au bord du précipice après le sommet de Beyrouth ?: La stratégie d’Ariel Sharon inquiète le monde arabe et les capitales européennes. S.A.R. le prince Al Fayçal, ministre saoudien des Affaires étrangères a fait une brève escale à Paris pour s'entretenir avec son homologue français, M. Hubert Védrine. Il a ensuite accordé un entretien exclusif à Christian Malar, rédacteur-en-chef à France 3 et éditorialiste de politique étrangère, de retour de Beyrouth. (1er avril 2002).
 
 
Colin L. Powell, Secrétaire d'Etat américain
Le plan de travail américain au Proche-Orient: Le Secrétaire d'Etat américain s'entretient avec Christian Malar au département d'Etat. Pour Colin L. Powell, "la vision saoudienne est bonne… En revanche la partie la plus délicate, c’est la délimitation des frontières sur lesquelles les deux états israélien et palestinien doivent se mettre d’accord. La proposition saoudienne se réfère aux frontières issues de la guerre de 67. Mais il faut aussi tenir compte des résolutions des Nations unies. Voilà qui doit être négocié entre les deux parties. Mais la vision saoudienne ne suffit pas. Car il faut un plan pour concrétiser cette vision et cela, c’est ce sur quoi nous travaillons". (Washington D.C., le l4 mars 2002)