Une banque peut en cacher une autre

Une banque peut en cacher une autre

Cet "Éditorial international de Radio France Internationale" a été diffusé le vendredi 24 septembre 2004. Il est signé de Richard Labévière, rédacteur en Chef à RFI. Spécialiste des questions diplomatiques et expert du monde arabo-musulman, Richard Labévière est aussi l'auteur de plusieurs livres, dont deux d'entre eux sont devenus des ouvrages de référence (1), en particulier "les dollars de la terreur" qui a été traduit en anglais. Il est également auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN).

Ainsi donc la City de Londres aura sa banque islamique locale, l'Islamic Bank of Britain, première institution financière en Europe fonctionnant selon la Charia, la loi islamique qui prohibe la "riba", l'usure et l'intérêt. C'est la deuxième Sourate du saint Coran: «Dieu maudit celui qui profite de l'usure, celui qui l'offre, celui qui en témoigne et celui qui en établit le contrat». L'argent ne peut pas, par lui-même, produire de l'argent. Par conséquent, l'Islamic Bank of Britain fera comme les quelques deux cents autres banques islamiques établies dans quelques quatre-vingt pays, en montant pour ses clients des opérations de capital risque selon la pratique de la "moudharaba", le partenariat passif. Ces opérations sont d'autant plus difficilement contrôlables qu'elles débouchent souvent sur des montages où les partenaires sont difficilement identifiables, démultipliant des raisons sociales dans autant de sociétés fiduciaires ou Organisations non gouvernementales caritatives et humanitaires.

Plus préoccupant, les banques islamiques recyclent les flux astronomiques de la «zakat», l'impôt religieux, Sourate 9. Et là les tribulations de l'argent sont encore plus mystérieuses. C'est pour ces raisons, notamment que plusieurs banques islamiques, dont la banque Al-Taqwa, la piété, la banque des Frères musulmans, furent interdites par les autorités égyptiennes au début des années 80. Non seulement ces banques drainaient des flux importants finissant par fragiliser la Banque nationale d'Égypte, selon les principes guerriers de la Djihad financière pour reprendre les propres termes de Mustapha Machhour, à l'époque grand guide des Frères musulmans, mais la banque Al-Taqwa était suspecté de financer indirectement les terroristes des Gama'a Islamiya. Interdite en Égypte, Al-Taqwa finit par s'installer en Suisse et aux Bahamas avant de se retrouver - après les attentats du 11 septembre, sur la listes des institutions suspectées de financer le terrorisme international. S'il ne s'agit pas de criminaliser a priori toutes les banques islamiques on peut néanmoins se poser la question de savoir s'il est, actuellement judicieux de favoriser un communautarisme financier instaurant législations et réglementations s'appliquant à certains groupes ethnico-religieux et pas à d'autres. La néerlandaise ABN-AMRO et le Crédit suisse qui avait ouvert des guichets islamiques dans les années 80 n'ont pas prolongé l'expérience.

Trois ans après les attentats du 11 septembre 2001, la lutte anti-terroriste sur le front financier marque, très laborieusement, le pas parce que le secret bancaire reste en vigueur non seulement en Suisse mais aussi en Andorre, à Vaduz ou au Luxembourg. Des îles anglo-normandes aux îles Vierges et Caïman, l'opacité des places offshore reste totale et la naissance de l'Islamic Bank of Britain n'est pas une bonne nouvelle pour tous les enquêteurs qui luttent contre le blanchiment et la criminalité internationale. Mais comme le disait l'ancien président de l'Association des banques arabes de Londres: «l'argent, c'est comme l'eau, ça coule où ça peut».

Richard Labévière 

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